{"id":357,"date":"2024-08-26T13:02:11","date_gmt":"2024-08-26T11:02:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.thinkingbolt.com\/?p=357"},"modified":"2024-10-06T14:06:46","modified_gmt":"2024-10-06T12:06:46","slug":"liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/","title":{"rendered":"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"357\" class=\"elementor elementor-357\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-334e7577 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"334e7577\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-2625fc5c\" data-id=\"2625fc5c\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-584d54cb elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"584d54cb\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><\/p>\n<p><b style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">L&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me politique a profond\u00e9ment transform\u00e9 la mani\u00e8re de penser des hommes<\/b><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">. Durant les r\u00e9gimes aristocratiques, les id\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une \u00e9lite minoritaire et r\u00e9pandues dans toutes les classes sociales. La classe dominante faisait alors office d&rsquo;<\/span><i style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">autorit\u00e9 intellectuelle<\/i><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions et la d\u00e9mocratie dissolvent cette autorit\u00e9 intellectuelle de classe: d\u00e9sormais chacun peut s&rsquo;exprimer, augmenter ses connaissances, et diffuser de l&rsquo;information \u00e0 large \u00e9chelle. Ce bouleversement dans la diffusion des id\u00e9es et du savoir est analys\u00e9 par Tocqueville, et c&rsquo;est l&rsquo;objet de cet article.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 17px;\">Nous allons voir un paradoxe, un peu similaire dans la forme \u00e0 celui que nous avons expos\u00e9 dans la <a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\">partie 1<\/a><\/span><span style=\"font-size: 17px;\">. Nous avions montr\u00e9 qu&rsquo;en cherchant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous, la d\u00e9mocratie recr\u00e9ait spontan\u00e9ment de nouvelles in\u00e9galit\u00e9s, moins nombreuses mais plus fortes et peut-\u00eatre plus dangereuses. Ici, nous allons voir qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ralisant la diffusion des informations, la d\u00e9mocratie cr\u00e9e de la d\u00e9sinformation. En donnant \u00e0 chacun la libert\u00e9 de s&rsquo;exprimer, elle augmente certes le nombre d&rsquo;id\u00e9es, mais donne une importance d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 quelques unes et \u00e9touffe compl\u00e8tement toutes les autres, si bien que la vitalit\u00e9 intellectuelle de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;en retrouve consid\u00e9rablement diminu\u00e9e.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Bien s\u00fbr, Tocqueville n&rsquo;a pas connu les r\u00e9seaux sociaux. Nous allons cependant voir comment son analyse, que nous nous permettons d&rsquo;extrapoler l\u00e9g\u00e8rement, s&rsquo;applique parfaitement au monde num\u00e9rique contemporain. L\u00e0 encore, Tocqueville a fait preuve d&rsquo;une incroyable justesse.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"font-size: 30px;\">D&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle dans une d\u00e9mocratie ?<\/h2>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Puisque le savoir et sa diffusion ne sont plus le privil\u00e8ge d&rsquo;une minorit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime, la premi\u00e8re question qui se pose est la suivante :\u00a0<b>en qui pouvons-nous faire confiance dans une d\u00e9mocratie?<\/b>\u00a0Question qui pose d\u00e9j\u00e0 probl\u00e8me. En effet, quand on essaye de chercher des exemples d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle, on se heurte souvent \u00e0 de mauvais exemples: politiciens d\u00e9magogues, commer\u00e7ants pr\u00eats \u00e0 mentir pour vendre leurs produits, m\u00e9decins \u00e0 la solde de laboratoires, \u00e9tudes statistiques biais\u00e9es, \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb aux id\u00e9ologies sulfureuses&#8230; on cherche vainement quelque chose de rassurant, des individus de confiance, et il nous semble au contraire que tout n&rsquo;est qu&rsquo;imposture.\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Il faut d&rsquo;abord reconna\u00eetre que, du fait de la progression technique, le monde est devenu extr\u00eamement complexe depuis la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Il y a aujourd&rsquo;hui une multitude de champs de connaissance et donc autant d&rsquo; \u00ab\u00a0autorit\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb. Le savoir, hier le privil\u00e8ge de quelques-uns, est aujourd&rsquo;hui fragment\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Par ailleurs, \u00e0 mesure que nos lumi\u00e8res ont progress\u00e9, <span style=\"letter-spacing: 0px;\">nous avons dans le m\u00eame temps\u00a0<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">pris la (bonne) habitude de vouloir comprendre le monde qui nous entoure, c&rsquo;est-\u00e0-dire de rationaliser. <b>Ce double ph\u00e9nom\u00e8ne de sp\u00e9cialisation infinit\u00e9simale de la connaissance, conjugu\u00e9 \u00e0 un besoin accru de compr\u00e9hension, doit n\u00e9cessairement nous amener individuellement \u00e0 une frustration intellectuelle et \u00e0 un certain scepticisme<\/b>. On ne peut pas tout savoir et on ne peut pas tout comprendre. Dans l&rsquo;ensemble, les hommes sont donc individuellement tr\u00e8s ignorants (relativement au champ total des connaissances \u00e9tablies). La bonne question est ensuite de savoir comment les hommes comblent cette frustration.\u00a0<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Car, on a beau se plaindre que peu de gens soient \u00e9rudits, cela ne nous emp\u00eache pas de penser, d&rsquo;avoir des avis, de prendre des d\u00e9cisions, de glisser un bulletin dans l&rsquo;urne. C&rsquo;est bien que nous tirons nos croyances, \u00e0 d\u00e9faut de connaissances, de quelque part.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Dans l&rsquo;ensemble, <\/span><b style=\"letter-spacing: 0px;\">il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule autorit\u00e9 intellectuelle qui nous semble l\u00e9gitime et de laquelle nous acceptons les id\u00e9es. Et cette autorit\u00e9 intellectuelle, c&rsquo;est la majorit\u00e9.<\/b><span style=\"letter-spacing: 0px;\"> C&rsquo;est \u00e0 dire les id\u00e9es pens\u00e9es et exprim\u00e9es par la majorit\u00e9 des citoyens. Ajoutons que cette majorit\u00e9 id\u00e9ologique peut \u00eatre locale: c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elle peut correspondre aux id\u00e9es majoritaires dans une communaut\u00e9 ou un territoire donn\u00e9.<br \/><\/span><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size: 22px;\">Dans les temps d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, les hommes n&rsquo;ont aucune foi les uns dans les autres, \u00e0 cause de leur similitude ; mais cette m\u00eame similitude leur donne une confiance presque illimit\u00e9e dans le jugement du public; car il ne leur para\u00eet pas vraisemblable qu&rsquo;ayant tous des lumi\u00e8res pareilles, la v\u00e9rit\u00e9 ne se rencontre pas du c\u00f4t\u00e9 du plus grand nombre.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie I, Chapitre 2: De la source principale des croyances chez les peuples d\u00e9mocratiques. <\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 17px;\">Ces quelques lignes de Tocqueville sont exceptionnellement claires. L<\/span><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">a fin du r\u00e9gime aristocratique signe la fin de la confiance : puisque tout le monde est \u00e0 \u00e9galit\u00e9, il n&rsquo;y a plus aucune raison de croire en l&rsquo;individu. En revanche, comme nous l&rsquo;avions pr\u00e9cis\u00e9 dans la\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 1<\/a><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">, <\/span><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">les croyances de la majorit\u00e9 des hommes deviennent la norme id\u00e9ologique. En d\u00e9mocratie, l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle ne provient donc plus des \u00e9lites mais de la majorit\u00e9. C&rsquo;est ce que nous avions d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans la partie 1 en indiquant que la d\u00e9mocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la quantit\u00e9, alors que l&rsquo;aristocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la qualit\u00e9.<br \/><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Cela ne signifie pas que toutes les \u00e9lites ont disparu, nous en avons bien entendu encore dans beaucoup de domaines. Mais ce qui a chang\u00e9, c&rsquo;est le cr\u00e9dit que nous leur apportons. Comme celles-ci ne sont plus une classe \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb et respect\u00e9e, mais qu&rsquo;elles sont (ou deviennent de plus en plus) des individus comme tout le monde, c&rsquo;est toujours avec d\u00e9fiance et ressentiment que l&rsquo;on consent \u00e0 les \u00e9couter. <\/span><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Les hommes pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couter la voix du plus grand nombre qui leur semble plus l\u00e9gitime<\/span><b style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">. <\/b><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">On remarquera \u00e0 ce sujet l&rsquo;essor des critiques contre les \u00e9lites, et des termes \u00ab\u00a0\u00e9litiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9litisme\u00a0\u00bb qui ont souvent une connotation p\u00e9jorative dans le discours de ceux qui les emploient. La remise en cause et la destruction progressive des \u00e9lites fait partie du mouvement providentiel vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions postul\u00e9 par Tocqueville et que nous avons expos\u00e9 dans la\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 1<\/a><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">.<\/span><\/p>\n<p><\/p>\n<h1 style=\"font-size: 30px;\">L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 la d\u00e9sinformation : analogie de la salle r\u00e9sonante\u00a0<\/h1>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Nous avons vu que la d\u00e9mocratie place sa source de croyances au sein de la majorit\u00e9. Nous allons examiner dans la suite les cons\u00e9quences id\u00e9ologiques de cette foi en la majorit\u00e9. En effet, on pourrait bien se demander si la majorit\u00e9 ne peut pas <i>aussi<\/i> faire les bons choix, et si elle n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de revenir rapidement sur ses erreurs. Nous avons d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 dans la\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 1<\/a><span style=\"letter-spacing: 0px;\">\u00a0pourquoi il est faux, en d\u00e9mocratie, de consid\u00e9rer qu&rsquo;une majorit\u00e9 a statistiquement plus de chances <\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">qu&rsquo;une minorit\u00e9<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">\u00a0de prendre la bonne d\u00e9cision. Nous avions alors \u00e9voqu\u00e9 deux points tr\u00e8s importants pour justifier cela. D&rsquo;abord, les hommes d\u00e9mocratiques ne pensent pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sont influenc\u00e9s par des sources communes : m\u00e9dias, intellectuels, influenceurs sur les r\u00e9seaux sociaux etc. Ensuite, les id\u00e9es adopt\u00e9es par la majorit\u00e9 ont une puissance normative telle, qu&rsquo;il est beaucoup plus simple de s&rsquo;y soumettre que de chercher \u00e0 les remettre en cause.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Nous comprenons donc que les id\u00e9es majoritaires ne sont pas forc\u00e9ment \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;elles sont difficiles \u00e0 remettre en cause. <b>Ce qui nous int\u00e9resse dans toute la suite de cet article, c&rsquo;est de comprendre comment ces id\u00e9es majoritaires se forment, et dans quelle mesure de nouvelles id\u00e9es qui seraient \u00ab\u00a0meilleures\u00a0\u00bb ont une chance de les renverser. <\/b>L&rsquo;analogie qui suit est personnelle, et n&rsquo;est pas extraite de Tocqueville.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, il faut se repr\u00e9senter l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique comme il est r\u00e9ellement : une gigantesque salle r\u00e9sonante o\u00f9 chaque citoyen poss\u00e8de un micro plus ou moins puissant et parle pour exprimer ses id\u00e9es sur les sujets de son choix. Oui, vous avez bien compris, l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique, c&rsquo;est le bordel. Mais il serait un peu facile de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0. Car deux facteurs peuvent jouer pour faire ressortir un message audible de cette terrible cacophonie:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">comme on l&rsquo;a indiqu\u00e9, les citoyens sont \u00e9quip\u00e9s de micros plus ou moins puissants: la puissance du micro est une analogie du\u00a0pouvoir d&rsquo;influence du citoyen qui s&rsquo;exprime. Ainsi, un intellectuel m\u00e9diatis\u00e9, une star du sport, un artiste \u00e0 la mode, ou un <i>youtubeur<\/i> populaire auront une voix plus forte que le citoyen lambda. Mais pr\u00e9cisons que ce pouvoir d&rsquo;influence n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral rien \u00e0 voir avec l&rsquo;expertise et que les citoyens qui ont les micros les plus puissants ne sont pas forc\u00e9ment les plus l\u00e9gitimes \u00e0 s&rsquo;exprimer.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">\u00a0l&rsquo;audibilit\u00e9 du message exprim\u00e9 cro\u00eet avec le nombre de citoyens qui s&rsquo;expriment sur le sujet.\u00a0<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Ainsi, soit par l&rsquo;influence, soit par le nombre des personnes qui s&rsquo;expriment, certaines id\u00e9es deviennent plus audibles que d&rsquo;autres. Cela signifie \u00e9galement que les autres id\u00e9es sont \u00e9clips\u00e9es. Du moins, il est beaucoup plus difficile de les entendre : imaginez-vous en train d&rsquo;\u00e9couter quelqu&rsquo;un qui parle faiblement lorsque vous \u00eates entour\u00e9 de gens qui vous parlent bruyamment. En plus d&rsquo;\u00eatre difficile, c&rsquo;est franchement insupportable.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Q<span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">uelle est la conclusion de tout cela ? <b>L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 une forme de d\u00e9sinformation.<\/b> En effet, il est clair qu&rsquo;au sein de cette insupportable cacophonie,\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">la majorit\u00e9 des hommes d\u00e9mocratiques doivent renoncer \u00e0 la r\u00e9flexion:<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">soit en n&rsquo;\u00e9coutant que les id\u00e9es les plus audibles (qui deviennent <i>de facto<\/i>\u00a0les id\u00e9es majoritaires), ce qui les livre au p\u00e9ril de la manipulation;<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">soit en stoppant d&rsquo;\u00e9couter pour retourner \u00e0 d&rsquo;autres pr\u00e9occupations, mat\u00e9rielles ou professionnelles. Ces individus sortent de la salle r\u00e9sonante, et n&rsquo;adoptent que les id\u00e9es qui les arrangent le mieux quitte \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient p\u00e9rilleuses pour la soci\u00e9t\u00e9. Cet individualisme est parfois teint\u00e9 d&rsquo;un scepticisme bien confortable : \u00ab\u00a0puisque tout le monde dit tout et son contraire, alors c&rsquo;est que toute id\u00e9e est inutile, et donc \u00e0 quoi bon penser?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"font-family: 'Open Sans';\">L&rsquo;absence de r\u00e9flexion vis-\u00e0-vis des informations re\u00e7ues emp\u00eache les hommes de discerner la v\u00e9rit\u00e9 parmi le mensonge. Voil\u00e0 pourquoi cette abondance d&rsquo;information finit par \u00eatre une v\u00e9ritable d\u00e9sinformation.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Il existe quelques hommes destin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de cette cacophonie intellectuelle. Tels des aventuriers, ils cherchent \u00e0 discerner la v\u00e9rit\u00e9 dans la jungle d&rsquo;informations qui les entoure. Ces hommes, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 se construire leur opinion en rejetant le conformisme aussi bien que le scepticisme, forment une minorit\u00e9. Pourtant, <b>c&rsquo;est sur eux que repose enti\u00e8rement l&rsquo;espoir de notre d\u00e9mocratie. Ils sont ses seuls \u00e9claireurs et ses meilleurs d\u00e9fenseurs.<\/b><\/span><span style=\"font-size: 15px; letter-spacing: 0px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 22px;\">On peut compter que la majorit\u00e9 des hommes s&rsquo;arr\u00eatera toujours dans l&rsquo;un de ces deux \u00e9tats : elle croira sans savoir pourquoi, ou ne saura pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;il faut croire.<\/p>\n<p style=\"font-size: 22px;\">Quant \u00e0 cette autre esp\u00e8ce de conviction r\u00e9fl\u00e9chie et ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame qui na\u00eet de la science et s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du milieu m\u00eame des agitations du doute, il ne sera jamais donn\u00e9 qu&rsquo;aux efforts d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre d&rsquo;hommes de l&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0<span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 5 : Du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<h1 style=\"font-size: 30px;\">Les hommes d\u00e9mocratiques ont peu de temps pour s&rsquo;instruire<\/h1>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">A ce que nous venons de dire, il faut de surcro\u00eet ajouter le facteur temps, c&rsquo;est \u00e0 dire que dans une d\u00e9mocratie, les hommes travaillent et ne disposent que d&rsquo;un temps libre limit\u00e9. Ainsi, lorsqu&rsquo;un individu essaie de se forger une opinion, il ne peut entrer \u00e0 chaque fois que pendant un temps limit\u00e9 dans la salle cacophonique d\u00e9crite plus haut, ce qui n&rsquo;arrange pas les choses. Il ne faut pas n\u00e9gliger cet aspect. En effet, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;ancienne \u00e9lite aristocratique avait le temps libre pour se consacrer aux loisirs de la connaissance et de la pens\u00e9e,\u00a0les pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles dans une d\u00e9mocratie entravent consid\u00e9rablement la capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;instruire.\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 15px; letter-spacing: 0px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 22px;\">Il est impossible, quoi qu&rsquo;on fasse, d&rsquo;\u00e9lever les lumi\u00e8res du peuple au-dessus d&rsquo;un certain niveau. On aura beau faciliter les abords des connaissances humaines, am\u00e9liorer les m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement et mettre la science \u00e0 bon march\u00e9 [NDLR: avec toutes les vid\u00e9os YouTube que l&rsquo;on veut],\u00a0on ne fera jamais que les hommes s&rsquo;instruisent et d\u00e9veloppent leur intelligence sans y consacrer du temps.<\/p>\n<p style=\"font-size: 22px;\"><b>Le plus ou moins de facilit\u00e9 que rencontre le peuple \u00e0 vivre sans travailler forme donc la limite n\u00e9cessaire de ses progr\u00e8s intellectuels<\/b>. Cette limite est plac\u00e9e plus loin dans certains pays, moins loin dans certains autres; mais pour qu&rsquo;elle n&rsquo;exist\u00e2t point, il faudrait que le peuple n&rsquo;e\u00fbt point \u00e0 s&rsquo;occuper des soins mat\u00e9riels de la vie, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il ne f\u00fbt plus le peuple. Il est donc aussi difficile de concevoir une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tous les hommes soient tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9s, qu&rsquo;un \u00c9tat o\u00f9 tous les citoyens soient riches; ce sont l\u00e0 deux difficult\u00e9s corr\u00e9latives.<\/p>\n<p style=\"font-size: 22px;\">J&rsquo;admettrai sans peine que la masse des citoyens veut tr\u00e8s sinc\u00e8rement le bien du pays; je vais m\u00eame plus loin, et je dis que les classes inf\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9 me semblent m\u00ealer, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 ce d\u00e9sir moins de combinaisons d&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel que les classes \u00e9lev\u00e9es; mais\u00a0ce qui leur manque toujours, plus ou moins, c&rsquo;est l&rsquo;art de juger les moyens tout en voulant sinc\u00e8rement la fin.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0<span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 5 : Du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">\u00ab\u00a0Le plus ou moins de facilit\u00e9 que rencontre le peuple \u00e0 vivre sans travailler forme donc la limite n\u00e9cessaire de ses progr\u00e8s intellectuels\u00a0\u00bb. Cette phrase courte est criante de v\u00e9rit\u00e9. En d\u00e9mocratie, le travail entrave l&rsquo;instruction des hommes, \u00e0 part peut-\u00eatre dans le domaine \u00e9troit dans lequel ils appliquent leurs connaissances. La capacit\u00e9 des hommes \u00e0 augmenter leurs connaissances g\u00e9n\u00e9rales, au-del\u00e0 de leur p\u00e9rim\u00e8tre professionnel, est donc proportionnelle au temps qu&rsquo;ils peuvent d\u00e9gager en dehors de leur travail pour s&rsquo;instruire. Ce temps \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rablement rempli pour un individu qui travaille normalement, on peut consid\u00e9rer que seuls ceux qui peuvent vivre sans vraiment travailler ont l&rsquo;opportunit\u00e9 de s&rsquo;instruire significativement. Ces individus s&rsquo;apparentent \u00e0 une forme d&rsquo;aristocratie qui peut se payer le luxe d&rsquo;\u00e9chapper au travail.\u00a0 <b>Travail et d\u00e9veloppement intellectuel sont donc tout \u00e0 fait antinomiques.\u00a0<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Bien s\u00fbr, il existe des chercheurs dont le m\u00e9tier est de contribuer \u00e0 la connaissance, ce qui pourrait constituer une mince exception. Mais le statut m\u00eame de chercheur, et le \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb qui lui est associ\u00e9, ne font pas toujours appara\u00eetre une libert\u00e9 consid\u00e9rable dans la capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper personnellement. D&rsquo;abord le chercheur est en g\u00e9n\u00e9ral un sp\u00e9cialiste, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne traite que d&rsquo;une infime partie de la connaissance de laquelle il ne peut pas s&rsquo;\u00e9loigner (du moins s&rsquo;il s&rsquo;en \u00e9loigne, ce n&rsquo;est plus son \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb), ensuite il est de plus en plus embarrass\u00e9 par des contraintes administratives qui le g\u00eanent dans ses activit\u00e9s intellectuelles.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Hormis les chercheurs, qui peuvent parfois jongler habilement entre leur casquette \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb et leur casquette \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb pour s&rsquo;instruire sur leur temps de travail, nous ne voyons que les \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb, comme on les appelle, qui parviennent \u00e0 vivre de leurs id\u00e9es et de leurs \u00e9crits. Parfois, ces derniers sont \u00e9galement professeurs \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 ou journalistes ce qui leur permet sans doute de vivre d\u00e9cemment, quand ils ne poss\u00e8dent pas d\u00e9j\u00e0 un capital \u00e9conomique cons\u00e9quent. Toujours est-il que dans notre d\u00e9mocratie, ces individus qui peuvent vivre tout en s&rsquo;instruisant et en communiquant leur savoir sont une infime minorit\u00e9: tous les autres ont un travail qui ne leur laisse gu\u00e8re de temps pour une telle activit\u00e9 intellectuelle.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Le corollaire du manque de temps des hommes d\u00e9mocratiques pour l&rsquo;instruction, est leur recherche d&rsquo;informations rapides et superficielles.<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">\u00a0Ce d\u00e9sir de \u00ab\u00a0connaissance rapide\u00a0\u00bb, aujourd&rsquo;hui incarn\u00e9 par exemple par les applications de lecture rapide, ou par tel ou tel influenceur qui se flatte de lire x livres dans l&rsquo;ann\u00e9e, traduit tout bonnement un appauvrissement intellectuel. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment frapp\u00e9 d&rsquo;apprendre sur un blog consacr\u00e9 \u00e0 TikTok, que le r\u00e9seau social conseillait \u00e0 ses cr\u00e9ateurs de contenu de faire des vid\u00e9os d&rsquo;une longueur de 27 \u00e0 34 secondes (une dur\u00e9e qu&rsquo;ils qualifient d&rsquo;optimale), les vid\u00e9os de plus d&rsquo;une minute \u00e9tant per\u00e7ues comme anxiog\u00e8nes par 50% de leurs utilisateurs.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 22px;\">Sa curiosit\u00e9 est tout \u00e0 la fois insatiable et satisfaite \u00e0 peu de frais; car il tient \u00e0 savoir vite beaucoup, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 bien savoir. Il n&rsquo;a gu\u00e8re le temps, et il perd le go\u00fbt d&rsquo;approfondir [&#8230;].\u00a0L&rsquo;habitude de l&rsquo;inattention doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le plus grand vice de l&rsquo;esprit d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0<span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie III, Chapitre 15 : De la gravit\u00e9 des Am\u00e9ricains et pourquoi elle ne les emp\u00eache pas de faire souvent des choses inconsid\u00e9r\u00e9es.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Enfin, il est ind\u00e9niable que l&rsquo;individualisme qui anime le coeur des hommes d\u00e9mocratiques, et dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans la\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 2<\/a><span style=\"letter-spacing: 0px;\">, est un facteur essentiel qui d\u00e9tourne les hommes de la pens\u00e9e, et particuli\u00e8rement de la pens\u00e9e politique qui a pour objet la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. L&rsquo;amour du confort, des jouissances pr\u00e9sentes et faciles, grignote le peu de temps libre qui reste \u00e0 l&rsquo;homme d\u00e9mocratique pour penser aux p\u00e9rils qui menacent sa soci\u00e9t\u00e9 (et qui le menace donc lui-aussi par extension).<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Quand on a dit tout cela, on se demande vraiment combien d&rsquo;hommes ont encore la capacit\u00e9 et la volont\u00e9 de discerner dans le maelstr\u00f6m m\u00e9diatique ce qui est r\u00e9ellement bon pour leur soci\u00e9t\u00e9. Comment qualifier ces hommes, sinon de h\u00e9ros?\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"font-size: 30px;\">Les d\u00e9mocraties sont extr\u00eamement inertes sur le plan intellectuel<\/h2>\n<p style=\"color: #464646;\"><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Nous avons vu que dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique, comparable sur le plan intellectuel \u00e0 une immense salle r\u00e9sonante, les individus, lorsqu&rsquo;ils ont ou prennent le temps d&rsquo;y entrer, et qu&rsquo;ils ne la quittent pas par d\u00e9go\u00fbt pour se r\u00e9fugier dans des pr\u00e9jug\u00e9s ou dans le scepticisme, parviennent \u00e0 entendre des messages relativement audibles au milieu de la cacophonie d&rsquo;informations. Ils parviennent \u00e0 l&rsquo;entendre, soit parce que le message est \u00e9mis par des personnalit\u00e9s qui ont une forte influence m\u00e9diatique, soit parce que nombre de leurs concitoyens \u00e9mettent simultan\u00e9ment le m\u00eame message, qui finit donc par s&rsquo;entendre.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #464646;\"><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">Mais ce que nous voulons d\u00e9montrer ici, et qui nous semble essentiel, c&rsquo;est que m\u00eame si certains messages sont audibles, les id\u00e9es les plus vitales qui appelleraient une action imm\u00e9diate n&rsquo;ont quasiment jamais de r\u00e9el impact politique parce qu&rsquo;elles sont noy\u00e9es parmi une multitude d&rsquo;autres id\u00e9es<b>. <\/b>L<\/span><span style=\"font-size: 17px; letter-spacing: 0px;\">a cacophonie ambiante, ajout\u00e9e \u00e0 l&rsquo;individualisme, finit par triompher de la volont\u00e9 des hommes.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px; color: #464646;\">Face \u00e0 l&rsquo;argument selon lequel les r\u00e9seaux sociaux seraient une menace pour la d\u00e9mocratie ou pour le pouvoir, nous pouvons opposer le constat suivant:\u00a0<span style=\"font-weight: bold;\">au contraire, il semble qu&rsquo;en inondant les citoyens d&rsquo;informations sur tous les sujets, de toute importance, et de mani\u00e8re plus ou moins exacte, on fait tout pour que la r\u00e9sultante politique des id\u00e9es soit quasi-nulle<\/span>. Si vous vous souvenez de vos cours de physique, on calcule le mouvement d&rsquo;un corps en sommant les diff\u00e9rentes forces qui s&rsquo;y appliquent. La somme vectorielle des diff\u00e9rentes forces, appel\u00e9e r\u00e9sultante des forces, est la force effective qui s&rsquo;applique sur le corps. Il est facile de voir que pour une multitude de forces s&rsquo;appliquant de diff\u00e9rentes mani\u00e8res au corps, la r\u00e9sultante est souvent faible.\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px; color: #464646;\">Autrement dit, l<span style=\"letter-spacing: 0px;\">es hommes s&rsquo;agitent peut-\u00eatre dans tous les sens, mais dans l&rsquo;ensemble, ils sont comme des atomes qui oscillent autour d&rsquo;une position d&rsquo;\u00e9quilibre immuable. Un peu comme l&rsquo;air qui vous entoure en ce moment: m\u00eame si les diff\u00e9rents atomes qui le constituent sont en perp\u00e9tuel mouvement (dans le cas contraire vous seriez instantan\u00e9ment gel\u00e9), l&rsquo;ensemble est tout \u00e0 fait immobile.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px; color: #464646;\">Nous avions d\u00e9j\u00e0 vu plus haut que l&rsquo;exactitude des id\u00e9es majoritaires n&rsquo;\u00e9tait pas assur\u00e9e dans une d\u00e9mocratie, et qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de chercher la v\u00e9rit\u00e9 au sein de la m\u00e9lasse des informations. Cette recherche de la v\u00e9rit\u00e9 est d&rsquo;autant plus ardue que l&rsquo;homme d\u00e9mocratique a peu de temps \u00e0 y consacrer.\u00a0<span style=\"font-weight: bold;\">De l&rsquo;abondance de l&rsquo;information, na\u00eet en fait une difficult\u00e9 additionnelle : l&rsquo;impuissance globale des citoyens \u00e0 relever ce qui compte r\u00e9ellement, et donc\u00a0<i>in fine<\/i>, l&rsquo;impuissance tout court.\u00a0<\/span>Ainsi<span style=\"font-weight: bold;\">,\u00a0<\/span>m\u00eame entour\u00e9s de v\u00e9rit\u00e9s, les hommes d\u00e9mocratiques seraient incapables de\u00a0discerner\u00a0celles qui lui sont r\u00e9ellement utiles, tant elles sont nombreuses.<\/p>\n<blockquote style=\"font-family: 'Open Sans'; font-size: 17px;\">\n<p style=\"font-size: 22px;\">Il y a une sorte d&rsquo;ignorance qui na\u00eet de l&rsquo;extr\u00eame publicit\u00e9. Dans les \u00c9tats despotiques, les hommes ne savent comment agir, parce qu&rsquo;on ne leur dit rien; chez les nations d\u00e9mocratiques, ils agissent souvent au hasard, parce qu&rsquo;on a voulu tout leur dire. Les premiers ne savent pas, et les autres oublient. Les traits principaux de chaque tableau disparaissent pour eux parmi la multitude des d\u00e9tails.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0<span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie III, Chapitre 15 : De la gravit\u00e9 des Am\u00e9ricains et pourquoi elle ne les emp\u00eache pas de faire souvent des choses inconsid\u00e9r\u00e9es.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"color: #464646;\"><span style=\"letter-spacing: 0px; font-size: 17px;\">En cons\u00e9quence, contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait supposer, le r\u00e9gime d\u00e9mocratique favorise une inertie incroyable sur le plan intellectuel. Dans le Tome II, Tocqueville explique que<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px; font-size: 17px;\">\u00a0<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px; font-size: 17px; font-weight: bold;\">les r\u00e9volutions intellectuelles sont quasiment inexistantes en d\u00e9mocratie car les principes id\u00e9ologiques d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9s par la majorit\u00e9 sont inamovibles<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px; font-size: 17px;\">. Elles sont en tout cas tr\u00e8s lentes, et n\u00e9cessitent toujours beaucoup de courage de la part de ceux qui les portent comme nous l&rsquo;avions soulign\u00e9 dans la\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2022\/05\/08\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 1<\/a><span style=\"letter-spacing: 0px; font-size: 17px;\">, lorsque nous avons parl\u00e9 de la puissance normative de la pens\u00e9e majoritaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"color: #464646;\"><span style=\"font-size: 17px;\">Cette inertie intellectuelle est un probl\u00e8me majeur de la d\u00e9mocratie, car\u00a0cela la rend incapable de faire face aux probl\u00e8mes syst\u00e9miques dont les solutions iraient \u00e0 l&rsquo;encontre des principes id\u00e9ologiques \u00e9tablis. Pour faire face \u00e0 ce type de probl\u00e8mes, il faudrait que les id\u00e9es majoritaires soient renvers\u00e9es rapidement, ce qui est pr\u00e9cis\u00e9ment impossible en d\u00e9mocratie, notamment \u00e0 cause des facteurs que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer. Les hommes d\u00e9mocratiques ne semblent ni pr\u00eats, ni capables de remettre en cause ne serait-ce qu&rsquo;\u00e0 une partie de leurs acquis intellectuels pour traiter des probl\u00e8mes de grande ampleur, comme le r\u00e9chauffement climatique par exemple. Ils n&rsquo;en discernent pas l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il soit trop tard.\u00a0<\/span><strong style=\"font-size: 17px;\">Les menaces lentes, invisibles et syst\u00e9miques sont donc les pires dangers pour un peuple d\u00e9mocratique<\/strong><span style=\"font-size: 17px;\">. Malheureusement, une fois le danger devenu r\u00e9el, il est fort \u00e0 parier que la d\u00e9mocratie et la libert\u00e9 d&rsquo;expression dispara\u00eetront pour laisser place \u00e0 un r\u00e9gime beaucoup plus autoritaire.<\/span><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size: 22px;\">Oserais-je dire au milieu des ruines qui m&rsquo;environnent? ce que je redoute le plus pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, ce ne sont pas les r\u00e9volutions.<\/p>\n<p style=\"font-size: 22px;\">Si les citoyens continuent \u00e0 se renfermer de plus en plus \u00e9troitement dans le cercle des petits int\u00e9r\u00eats domestiques, et \u00e0 s&rsquo;y agiter sans repos, on peut appr\u00e9hender qu&rsquo;ils ne finissent par devenir comme inaccessibles \u00e0 ces grandes et puissantes \u00e9motions publiques qui troublent les peuples, mais qui les d\u00e9veloppent et qui les renouvellent. Quand je vois la propri\u00e9t\u00e9 si mobile, et l&rsquo;amour de la propri\u00e9t\u00e9 si inquiet et si ardent, je ne puis m&#8217;emp\u00eacher de craindre que les hommes n&rsquo;arrivent \u00e0 ce point de regarder toute th\u00e9orie nouvelle comme un p\u00e9ril, toute innovation comme un trouble f\u00e2cheux, tout progr\u00e8s social comme un premier pas vers une r\u00e9volution, et qu&rsquo;ils refusent enti\u00e8rement de se mouvoir de peur qu&rsquo;on ne les entra\u00eene. Je tremble, je le confesse, qu&rsquo;ils ne se laissent enfin si bien poss\u00e9der par un l\u00e2che amour des jouissances pr\u00e9sentes, que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de leur propre avenir et de celui de leur descendant disparaisse, et qu&rsquo;ils aiment mieux suivre mollement le cours de leur destin\u00e9e que de faire au besoin un soudain et \u00e9nergique effort pour le redresser.<\/p>\n<p style=\"font-size: 22px;\">On croit que les soci\u00e9t\u00e9s nouvelles vont chaque jour changer de face, et, moi, j&rsquo;ai peur qu&rsquo;elles ne finissent par \u00eatre trop invariablement fix\u00e9es dans les m\u00eames institutions, les m\u00eames pr\u00e9jug\u00e9s, les m\u00eames moeurs ; de telle sorte que le genre humain s&rsquo;arr\u00eate et se borne ; que l&rsquo;esprit se plie et se replie \u00e9ternellement sur lui-m\u00eame sans produire d&rsquo;id\u00e9es nouvelles ; que l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9puise en petits mouvements solitaires et st\u00e9riles, et que, tout en se remuant sans cesse, l&rsquo;humanit\u00e9 n&rsquo;avance plus.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie III, Chapitre 21 : Pourquoi les grandes r\u00e9volutions deviendront rares.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Que pouvons-nous dire de plus&#8230; En trois paragraphes, Tocqueville a r\u00e9sum\u00e9 le probl\u00e8me majeur des d\u00e9mocraties. Cette citation pourrait bien \u00eatre la plus importante de toutes.<\/p>\n<h2 style=\"font-size: 30px;\">Comment la d\u00e9mocratie peut-elle r\u00e9apprendre \u00e0 penser ?<\/h2>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Toute la question est alors la suivante. Comment faire \u00e9voluer les id\u00e9es d&rsquo;un peuple d\u00e9mocratique individualiste, centr\u00e9 sur ses int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, et dont le mode d&rsquo;expression m\u00eame est une forme de mutisme, pour qu&rsquo;il prenne conscience qu&rsquo;il est r\u00e9ellement en danger ? Tocqueville nous donne un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size: 22px;\">Je pense qu&rsquo;il est fort malais\u00e9 d&rsquo;exciter l&rsquo;enthousiasme d&rsquo;un peuple d\u00e9mocratique par une th\u00e9orie quelconque qui n&rsquo;ait pas un rapport visible, direct et imm\u00e9diat avec la pratique journali\u00e8re de sa vie.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie III, Chapitre 21 : Pourquoi les grandes r\u00e9volutions deviendront rares.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Autrement dit, si les hommes ne se sentent pas menac\u00e9s dans leur petit train-train quotidien, s&rsquo;ils ne sont pas convaincus qu&rsquo;ils peuvent r\u00e9ellement perdre quelque chose de valeur, il y a peu de chance qu&rsquo;ils soient convaincus par quelque id\u00e9e que ce soit. Ils pourront vous \u00e9couter leur dire que notre soci\u00e9t\u00e9 va mal, du reste ils l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 entendu mille fois, ils pourront vous approuver de temps \u00e0 autre, mais, une fois rentr\u00e9s chez eux, ils oublieront ces id\u00e9es comme autant de nuisances \u00e0 leur petit bien-\u00eatre personnel.\u00a0<span style=\"letter-spacing: 0px;\">Il en faut de beaucoup pour mouvoir des coeurs d\u00e9mocratiques.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ne nous voilons pas la face, c&rsquo;est une conclusion assez pessimiste. Comme nous l&rsquo;avons dit, les menaces invisibles et syst\u00e9miques passent en quelque sorte \u00ab\u00a0sous le radar\u00a0\u00bb des int\u00e9r\u00eats individualistes. Tout l&rsquo;enjeu est alors de sensibiliser au maximum les individus pour leur faire prendre conscience du danger qu&rsquo;une menace repr\u00e9sente pour eux-m\u00eames. Nous avons pu analyser dans cette partie les diff\u00e9rents m\u00e9canismes pour qu&rsquo;une id\u00e9e prenne de l&rsquo;ampleur, qui sont en m\u00eame temps les obstacles \u00e0 son d\u00e9veloppement. Les bonnes id\u00e9es, pour \u00eatre audibles, doivent \u00eatre \u00e9mises par un nombre suffisamment important d&rsquo;individus, et en particulier par des citoyens influents (intellectuels, influenceurs, artistes, politiques etc). Dans le cas contraire, elles ne sont pas \u00e9cout\u00e9es. Mais au-del\u00e0, nous voyons encore deux obstacles \u00e0 surmonter:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">premi\u00e8rement,\u00a0<b>il faut absolument lutter contre les cons\u00e9quences de l&rsquo;individualisme et\u00a0<\/b><span style=\"font-weight: bold;\">r\u00e9impliquer les hommes dans la politique<\/span>\u00a0<b>pour qu&rsquo;ils s&rsquo;int\u00e9ressent davantage \u00e0 ce qui concerne leur soci\u00e9t\u00e9<\/b>. Nous avons \u00e9mis dans la\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 2<\/a>\u00a0quelques propositions en ce sens pour augmenter le civisme des hommes d\u00e9mocratiques (implication dans les affaires locales, sollicitations citoyennes plus fr\u00e9quentes pour augmenter la conscience citoyenne des hommes&#8230; ).<span style=\"letter-spacing: 0px;\">\u00a0Nous avons vu en particulier que ce d\u00e9veloppement du civisme n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment oppos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individualisme, dans la mesure o\u00f9 chacun a personnellement int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que les affaires publiques prosp\u00e8rent (sant\u00e9, environnement, s\u00e9curit\u00e9, \u00e9ducation etc).\u00a0<\/span><\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">deuxi\u00e8mement, <b>il est essentiel de<\/b> <b>former la capacit\u00e9 de discernement des hommes, c&rsquo;est \u00e0 dire leur esprit critique<\/b>, pour que, devant des v\u00e9rit\u00e9s multiples, leur bon sens leur permette de discerner celles qui sont les plus vitales. Cette capacit\u00e9 est directement d\u00e9pendante de <b>la qualit\u00e9 et de la neutralit\u00e9 de l&rsquo;instruction des citoyens \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole<\/b>. Solliciter l&rsquo;esprit critique de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, le pousser \u00e0 apprendre pour \u00e9tendre ses connaissances (car, comme on l&rsquo;a vu, il aura moins de temps pour le faire dans sa vie adulte), voil\u00e0 le r\u00f4le fondamental que doit jouer l&rsquo;\u00e9cole d\u00e9mocratique. Sans cela, le peuple d\u00e9mocratique n&rsquo;est qu&rsquo;un troupeau facilement manipulable. En particulier, l&rsquo;\u00e9cole ne doit pas diffuser d&rsquo;id\u00e9ologie, car toute id\u00e9ologie est un obstacle \u00e0 la raison et donc \u00e0 l&rsquo;esprit critique. Quelle foi pouvons-nous avoir dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les hommes sont manipul\u00e9s d\u00e8s leur enfance au lieu-m\u00eame o\u00f9 ils sont cens\u00e9s s&rsquo;\u00e9manciper intellectuellement?\u00a0<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<div><span style=\"font-family: Open Sans, sans-serif;\"><span style=\"font-size: 17px;\">Plus de civisme et une meilleure instruction, voil\u00e0 les deux piliers de la reconstruction intellectuelle des d\u00e9mocraties. En prenons-nous la route?<\/span><\/span><\/div>\n<p><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-eba8dc5 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"eba8dc5\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-832c982\" data-id=\"832c982\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6e3776f elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"6e3776f\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p style=\"text-align: left;\"><strong>Index<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-introduction\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville : introduction<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a style=\"background-color: #ffffff; font-family: 'Open Sans'; letter-spacing: 0px;\" href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 1: l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 2 : le plus grand vice de la d\u00e9mocratie est l&rsquo;individualisme<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 3 : formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-4-4-quelle-place-pour-la-religion-dans-la-democratie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 4 : quelle place pour la religion en d\u00e9mocratie ?<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-synthese-et-perspectives\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville : Synth\u00e8se, les trois piliers de la sauvegarde de la d\u00e9mocratie<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me politique a profond\u00e9ment transform\u00e9 la mani\u00e8re de penser des hommes. Durant les r\u00e9gimes aristocratiques, les id\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une \u00e9lite minoritaire et r\u00e9pandues dans toutes les classes sociales. La classe dominante faisait alors office d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions et la d\u00e9mocratie dissolvent cette autorit\u00e9 intellectuelle de classe: d\u00e9sormais chacun peut s&rsquo;exprimer, augmenter ses connaissances, et diffuser de l&rsquo;information \u00e0 large \u00e9chelle. Ce bouleversement dans la diffusion des id\u00e9es et du savoir est analys\u00e9 par Tocqueville, et c&rsquo;est l&rsquo;objet de cet article.\u00a0 Nous allons voir un paradoxe, un peu similaire dans la forme \u00e0 celui que nous avons expos\u00e9 dans la partie 1. Nous avions montr\u00e9 qu&rsquo;en cherchant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous, la d\u00e9mocratie recr\u00e9ait spontan\u00e9ment de nouvelles in\u00e9galit\u00e9s, moins nombreuses mais plus fortes et peut-\u00eatre plus dangereuses. Ici, nous allons voir qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ralisant la diffusion des informations, la d\u00e9mocratie cr\u00e9e de la d\u00e9sinformation. En donnant \u00e0 chacun la libert\u00e9 de s&rsquo;exprimer, elle augmente certes le nombre d&rsquo;id\u00e9es, mais donne une importance d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 quelques unes et \u00e9touffe compl\u00e8tement toutes les autres, si bien que la vitalit\u00e9 intellectuelle de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;en retrouve consid\u00e9rablement diminu\u00e9e.\u00a0 Bien s\u00fbr, Tocqueville n&rsquo;a pas connu les r\u00e9seaux sociaux. Nous allons cependant voir comment son analyse, que nous nous permettons d&rsquo;extrapoler l\u00e9g\u00e8rement, s&rsquo;applique parfaitement au monde num\u00e9rique contemporain. L\u00e0 encore, Tocqueville a fait preuve d&rsquo;une incroyable justesse.\u00a0 D&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle dans une d\u00e9mocratie ? Puisque le savoir et sa diffusion ne sont plus le privil\u00e8ge d&rsquo;une minorit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime, la premi\u00e8re question qui se pose est la suivante :\u00a0en qui pouvons-nous faire confiance dans une d\u00e9mocratie?\u00a0Question qui pose d\u00e9j\u00e0 probl\u00e8me. En effet, quand on essaye de chercher des exemples d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle, on se heurte souvent \u00e0 de mauvais exemples: politiciens d\u00e9magogues, commer\u00e7ants pr\u00eats \u00e0 mentir pour vendre leurs produits, m\u00e9decins \u00e0 la solde de laboratoires, \u00e9tudes statistiques biais\u00e9es, \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb aux id\u00e9ologies sulfureuses&#8230; on cherche vainement quelque chose de rassurant, des individus de confiance, et il nous semble au contraire que tout n&rsquo;est qu&rsquo;imposture.\u00a0 Il faut d&rsquo;abord reconna\u00eetre que, du fait de la progression technique, le monde est devenu extr\u00eamement complexe depuis la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Il y a aujourd&rsquo;hui une multitude de champs de connaissance et donc autant d&rsquo; \u00ab\u00a0autorit\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb. Le savoir, hier le privil\u00e8ge de quelques-uns, est aujourd&rsquo;hui fragment\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Par ailleurs, \u00e0 mesure que nos lumi\u00e8res ont progress\u00e9, nous avons dans le m\u00eame temps\u00a0pris la (bonne) habitude de vouloir comprendre le monde qui nous entoure, c&rsquo;est-\u00e0-dire de rationaliser. Ce double ph\u00e9nom\u00e8ne de sp\u00e9cialisation infinit\u00e9simale de la connaissance, conjugu\u00e9 \u00e0 un besoin accru de compr\u00e9hension, doit n\u00e9cessairement nous amener individuellement \u00e0 une frustration intellectuelle et \u00e0 un certain scepticisme. On ne peut pas tout savoir et on ne peut pas tout comprendre. Dans l&rsquo;ensemble, les hommes sont donc individuellement tr\u00e8s ignorants (relativement au champ total des connaissances \u00e9tablies). La bonne question est ensuite de savoir comment les hommes comblent cette frustration.\u00a0Car, on a beau se plaindre que peu de gens soient \u00e9rudits, cela ne nous emp\u00eache pas de penser, d&rsquo;avoir des avis, de prendre des d\u00e9cisions, de glisser un bulletin dans l&rsquo;urne. C&rsquo;est bien que nous tirons nos croyances, \u00e0 d\u00e9faut de connaissances, de quelque part. Dans l&rsquo;ensemble, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule autorit\u00e9 intellectuelle qui nous semble l\u00e9gitime et de laquelle nous acceptons les id\u00e9es. Et cette autorit\u00e9 intellectuelle, c&rsquo;est la majorit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 dire les id\u00e9es pens\u00e9es et exprim\u00e9es par la majorit\u00e9 des citoyens. Ajoutons que cette majorit\u00e9 id\u00e9ologique peut \u00eatre locale: c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elle peut correspondre aux id\u00e9es majoritaires dans une communaut\u00e9 ou un territoire donn\u00e9. Dans les temps d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, les hommes n&rsquo;ont aucune foi les uns dans les autres, \u00e0 cause de leur similitude ; mais cette m\u00eame similitude leur donne une confiance presque illimit\u00e9e dans le jugement du public; car il ne leur para\u00eet pas vraisemblable qu&rsquo;ayant tous des lumi\u00e8res pareilles, la v\u00e9rit\u00e9 ne se rencontre pas du c\u00f4t\u00e9 du plus grand nombre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome II, Partie I, Chapitre 2: De la source principale des croyances chez les peuples d\u00e9mocratiques. Ces quelques lignes de Tocqueville sont exceptionnellement claires. La fin du r\u00e9gime aristocratique signe la fin de la confiance : puisque tout le monde est \u00e0 \u00e9galit\u00e9, il n&rsquo;y a plus aucune raison de croire en l&rsquo;individu. En revanche, comme nous l&rsquo;avions pr\u00e9cis\u00e9 dans la\u00a0partie 1, les croyances de la majorit\u00e9 des hommes deviennent la norme id\u00e9ologique. En d\u00e9mocratie, l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle ne provient donc plus des \u00e9lites mais de la majorit\u00e9. C&rsquo;est ce que nous avions d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans la partie 1 en indiquant que la d\u00e9mocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la quantit\u00e9, alors que l&rsquo;aristocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la qualit\u00e9. Cela ne signifie pas que toutes les \u00e9lites ont disparu, nous en avons bien entendu encore dans beaucoup de domaines. Mais ce qui a chang\u00e9, c&rsquo;est le cr\u00e9dit que nous leur apportons. Comme celles-ci ne sont plus une classe \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb et respect\u00e9e, mais qu&rsquo;elles sont (ou deviennent de plus en plus) des individus comme tout le monde, c&rsquo;est toujours avec d\u00e9fiance et ressentiment que l&rsquo;on consent \u00e0 les \u00e9couter. Les hommes pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couter la voix du plus grand nombre qui leur semble plus l\u00e9gitime. On remarquera \u00e0 ce sujet l&rsquo;essor des critiques contre les \u00e9lites, et des termes \u00ab\u00a0\u00e9litiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9litisme\u00a0\u00bb qui ont souvent une connotation p\u00e9jorative dans le discours de ceux qui les emploient. La remise en cause et la destruction progressive des \u00e9lites fait partie du mouvement providentiel vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions postul\u00e9 par Tocqueville et que nous avons expos\u00e9 dans la\u00a0partie 1. L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 la d\u00e9sinformation : analogie de la salle r\u00e9sonante\u00a0 Nous avons vu que la d\u00e9mocratie place sa source de croyances au sein de la majorit\u00e9. Nous allons examiner dans la suite les cons\u00e9quences id\u00e9ologiques de cette foi en la majorit\u00e9. En effet, on pourrait bien se demander si la majorit\u00e9 ne peut pas aussi faire les bons choix, et si elle n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de revenir rapidement sur ses erreurs. Nous avons d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 dans la\u00a0partie 1\u00a0pourquoi il est faux, en d\u00e9mocratie, de consid\u00e9rer qu&rsquo;une majorit\u00e9 a statistiquement plus de chances qu&rsquo;une minorit\u00e9\u00a0de prendre la bonne d\u00e9cision. Nous avions alors \u00e9voqu\u00e9 deux points tr\u00e8s importants pour justifier cela. D&rsquo;abord, les hommes d\u00e9mocratiques ne pensent pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sont influenc\u00e9s par des sources communes : m\u00e9dias, intellectuels, influenceurs sur les r\u00e9seaux sociaux etc. Ensuite, les id\u00e9es adopt\u00e9es par la majorit\u00e9 ont une puissance normative telle, qu&rsquo;il est beaucoup plus simple de s&rsquo;y soumettre que de chercher \u00e0 les remettre en cause.\u00a0 Nous comprenons donc que les id\u00e9es majoritaires ne sont pas forc\u00e9ment \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;elles sont difficiles \u00e0 remettre en cause. Ce qui nous int\u00e9resse dans toute la suite de cet article, c&rsquo;est de comprendre comment ces id\u00e9es majoritaires se forment, et dans quelle mesure de nouvelles id\u00e9es qui seraient \u00ab\u00a0meilleures\u00a0\u00bb ont une chance de les renverser. L&rsquo;analogie qui suit est personnelle, et n&rsquo;est pas extraite de Tocqueville. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, il faut se repr\u00e9senter l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique comme il est r\u00e9ellement : une gigantesque salle r\u00e9sonante o\u00f9 chaque citoyen poss\u00e8de un micro plus ou moins puissant et parle pour exprimer ses id\u00e9es sur les sujets de son choix. Oui, vous avez bien compris, l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique, c&rsquo;est le bordel. Mais il serait un peu facile de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0. Car deux facteurs peuvent jouer pour faire ressortir un message audible de cette terrible cacophonie: comme on l&rsquo;a indiqu\u00e9, les citoyens sont \u00e9quip\u00e9s de micros plus ou moins puissants: la puissance du micro est une analogie du\u00a0pouvoir d&rsquo;influence du citoyen qui s&rsquo;exprime. Ainsi, un intellectuel m\u00e9diatis\u00e9, une star du sport, un artiste \u00e0 la mode, ou un youtubeur populaire auront une voix plus forte que le citoyen lambda. Mais pr\u00e9cisons que ce pouvoir d&rsquo;influence n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral rien \u00e0 voir avec l&rsquo;expertise et que les citoyens qui ont les micros les plus puissants ne sont pas forc\u00e9ment les plus l\u00e9gitimes \u00e0 s&rsquo;exprimer. \u00a0l&rsquo;audibilit\u00e9 du message exprim\u00e9 cro\u00eet avec le nombre de citoyens qui s&rsquo;expriment sur le sujet.\u00a0 Ainsi, soit par l&rsquo;influence, soit par le nombre des personnes qui s&rsquo;expriment, certaines id\u00e9es deviennent plus audibles que d&rsquo;autres. Cela signifie \u00e9galement que les autres id\u00e9es sont \u00e9clips\u00e9es. Du moins, il est beaucoup plus difficile de les entendre : imaginez-vous en train d&rsquo;\u00e9couter quelqu&rsquo;un qui parle faiblement lorsque vous \u00eates entour\u00e9 de gens qui vous parlent bruyamment. En plus d&rsquo;\u00eatre difficile, c&rsquo;est franchement insupportable. Quelle est la conclusion de tout cela ? L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 une forme de d\u00e9sinformation. En effet, il est clair qu&rsquo;au sein de cette insupportable cacophonie,\u00a0la majorit\u00e9 des hommes d\u00e9mocratiques doivent renoncer \u00e0 la r\u00e9flexion: soit en n&rsquo;\u00e9coutant que les id\u00e9es les plus audibles (qui deviennent de facto\u00a0les id\u00e9es majoritaires), ce qui les livre au p\u00e9ril de la manipulation; soit en stoppant d&rsquo;\u00e9couter pour retourner \u00e0 d&rsquo;autres pr\u00e9occupations, mat\u00e9rielles ou professionnelles. Ces individus sortent de la salle r\u00e9sonante, et n&rsquo;adoptent que les id\u00e9es qui les arrangent le mieux quitte \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient p\u00e9rilleuses pour la soci\u00e9t\u00e9. Cet individualisme est parfois teint\u00e9 d&rsquo;un scepticisme bien confortable : \u00ab\u00a0puisque tout le monde dit tout et son contraire, alors c&rsquo;est que toute id\u00e9e est inutile, et donc \u00e0 quoi bon penser?\u00a0\u00bb L&rsquo;absence de r\u00e9flexion vis-\u00e0-vis des informations re\u00e7ues emp\u00eache les hommes de discerner la v\u00e9rit\u00e9 parmi le mensonge. Voil\u00e0 pourquoi cette abondance d&rsquo;information finit par \u00eatre une v\u00e9ritable d\u00e9sinformation. Il existe quelques hommes destin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de cette cacophonie intellectuelle. Tels des aventuriers, ils cherchent \u00e0 discerner la v\u00e9rit\u00e9 dans la jungle d&rsquo;informations qui les entoure. Ces hommes, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 se construire leur opinion en rejetant le conformisme aussi bien que le scepticisme, forment une minorit\u00e9. Pourtant, c&rsquo;est sur eux que repose enti\u00e8rement l&rsquo;espoir de notre d\u00e9mocratie. Ils sont ses seuls \u00e9claireurs et ses meilleurs d\u00e9fenseurs.\u00a0 On peut compter que la majorit\u00e9 des hommes s&rsquo;arr\u00eatera toujours dans l&rsquo;un de ces deux \u00e9tats : elle croira sans savoir pourquoi, ou ne saura pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;il faut croire. Quant \u00e0 cette autre esp\u00e8ce de conviction r\u00e9fl\u00e9chie et ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame qui na\u00eet de la science et s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du milieu m\u00eame des agitations du doute, il ne sera jamais donn\u00e9 qu&rsquo;aux efforts d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre d&rsquo;hommes de l&rsquo;atteindre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 5 : Du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique. Les hommes d\u00e9mocratiques ont peu de temps pour s&rsquo;instruire A ce que nous venons de dire, il faut de surcro\u00eet ajouter le facteur temps, c&rsquo;est \u00e0 dire que dans une d\u00e9mocratie, les hommes travaillent et ne disposent que d&rsquo;un temps libre limit\u00e9. Ainsi, lorsqu&rsquo;un individu essaie de se forger une opinion, il ne peut entrer \u00e0 chaque fois que pendant un temps limit\u00e9 dans la salle cacophonique d\u00e9crite plus haut, ce qui n&rsquo;arrange pas les choses. Il ne faut pas n\u00e9gliger cet aspect. En effet, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;ancienne \u00e9lite aristocratique avait le temps libre pour se consacrer aux loisirs de la connaissance et de la pens\u00e9e,\u00a0les pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles dans une d\u00e9mocratie entravent consid\u00e9rablement la capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;instruire.\u00a0\u00a0 Il est impossible, quoi qu&rsquo;on fasse, d&rsquo;\u00e9lever les lumi\u00e8res du peuple au-dessus d&rsquo;un certain niveau. On aura beau faciliter les abords des connaissances humaines, am\u00e9liorer les m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement et mettre la science \u00e0 bon march\u00e9 [NDLR: avec toutes les vid\u00e9os YouTube que l&rsquo;on veut],\u00a0on ne fera jamais que les hommes s&rsquo;instruisent et d\u00e9veloppent leur intelligence sans y consacrer du temps. Le plus ou moins de facilit\u00e9 que rencontre le peuple \u00e0 vivre sans travailler forme donc la limite n\u00e9cessaire de ses progr\u00e8s intellectuels. Cette limite est plac\u00e9e plus loin dans certains pays, moins loin dans certains autres; mais pour qu&rsquo;elle n&rsquo;exist\u00e2t point, il faudrait que le peuple n&rsquo;e\u00fbt point \u00e0 s&rsquo;occuper des soins mat\u00e9riels de la vie, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il ne f\u00fbt plus le peuple. Il est donc aussi difficile de concevoir une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tous les hommes soient tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9s, qu&rsquo;un \u00c9tat o\u00f9 tous les citoyens soient riches; ce sont l\u00e0 deux difficult\u00e9s corr\u00e9latives. J&rsquo;admettrai sans peine que la masse des citoyens veut tr\u00e8s sinc\u00e8rement le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1152,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-357","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.6 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"L&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me politique a profond\u00e9ment transform\u00e9 la mani\u00e8re de penser des hommes. Durant les r\u00e9gimes aristocratiques, les id\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une \u00e9lite minoritaire et r\u00e9pandues dans toutes les classes sociales. La classe dominante faisait alors office d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions et la d\u00e9mocratie dissolvent cette autorit\u00e9 intellectuelle de classe: d\u00e9sormais chacun peut s&rsquo;exprimer, augmenter ses connaissances, et diffuser de l&rsquo;information \u00e0 large \u00e9chelle. Ce bouleversement dans la diffusion des id\u00e9es et du savoir est analys\u00e9 par Tocqueville, et c&rsquo;est l&rsquo;objet de cet article.\u00a0 Nous allons voir un paradoxe, un peu similaire dans la forme \u00e0 celui que nous avons expos\u00e9 dans la partie 1. Nous avions montr\u00e9 qu&rsquo;en cherchant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous, la d\u00e9mocratie recr\u00e9ait spontan\u00e9ment de nouvelles in\u00e9galit\u00e9s, moins nombreuses mais plus fortes et peut-\u00eatre plus dangereuses. Ici, nous allons voir qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ralisant la diffusion des informations, la d\u00e9mocratie cr\u00e9e de la d\u00e9sinformation. En donnant \u00e0 chacun la libert\u00e9 de s&rsquo;exprimer, elle augmente certes le nombre d&rsquo;id\u00e9es, mais donne une importance d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 quelques unes et \u00e9touffe compl\u00e8tement toutes les autres, si bien que la vitalit\u00e9 intellectuelle de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;en retrouve consid\u00e9rablement diminu\u00e9e.\u00a0 Bien s\u00fbr, Tocqueville n&rsquo;a pas connu les r\u00e9seaux sociaux. Nous allons cependant voir comment son analyse, que nous nous permettons d&rsquo;extrapoler l\u00e9g\u00e8rement, s&rsquo;applique parfaitement au monde num\u00e9rique contemporain. L\u00e0 encore, Tocqueville a fait preuve d&rsquo;une incroyable justesse.\u00a0 D&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle dans une d\u00e9mocratie ? Puisque le savoir et sa diffusion ne sont plus le privil\u00e8ge d&rsquo;une minorit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime, la premi\u00e8re question qui se pose est la suivante :\u00a0en qui pouvons-nous faire confiance dans une d\u00e9mocratie?\u00a0Question qui pose d\u00e9j\u00e0 probl\u00e8me. En effet, quand on essaye de chercher des exemples d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle, on se heurte souvent \u00e0 de mauvais exemples: politiciens d\u00e9magogues, commer\u00e7ants pr\u00eats \u00e0 mentir pour vendre leurs produits, m\u00e9decins \u00e0 la solde de laboratoires, \u00e9tudes statistiques biais\u00e9es, \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb aux id\u00e9ologies sulfureuses&#8230; on cherche vainement quelque chose de rassurant, des individus de confiance, et il nous semble au contraire que tout n&rsquo;est qu&rsquo;imposture.\u00a0 Il faut d&rsquo;abord reconna\u00eetre que, du fait de la progression technique, le monde est devenu extr\u00eamement complexe depuis la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Il y a aujourd&rsquo;hui une multitude de champs de connaissance et donc autant d&rsquo; \u00ab\u00a0autorit\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb. Le savoir, hier le privil\u00e8ge de quelques-uns, est aujourd&rsquo;hui fragment\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Par ailleurs, \u00e0 mesure que nos lumi\u00e8res ont progress\u00e9, nous avons dans le m\u00eame temps\u00a0pris la (bonne) habitude de vouloir comprendre le monde qui nous entoure, c&rsquo;est-\u00e0-dire de rationaliser. Ce double ph\u00e9nom\u00e8ne de sp\u00e9cialisation infinit\u00e9simale de la connaissance, conjugu\u00e9 \u00e0 un besoin accru de compr\u00e9hension, doit n\u00e9cessairement nous amener individuellement \u00e0 une frustration intellectuelle et \u00e0 un certain scepticisme. On ne peut pas tout savoir et on ne peut pas tout comprendre. Dans l&rsquo;ensemble, les hommes sont donc individuellement tr\u00e8s ignorants (relativement au champ total des connaissances \u00e9tablies). La bonne question est ensuite de savoir comment les hommes comblent cette frustration.\u00a0Car, on a beau se plaindre que peu de gens soient \u00e9rudits, cela ne nous emp\u00eache pas de penser, d&rsquo;avoir des avis, de prendre des d\u00e9cisions, de glisser un bulletin dans l&rsquo;urne. C&rsquo;est bien que nous tirons nos croyances, \u00e0 d\u00e9faut de connaissances, de quelque part. Dans l&rsquo;ensemble, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule autorit\u00e9 intellectuelle qui nous semble l\u00e9gitime et de laquelle nous acceptons les id\u00e9es. Et cette autorit\u00e9 intellectuelle, c&rsquo;est la majorit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 dire les id\u00e9es pens\u00e9es et exprim\u00e9es par la majorit\u00e9 des citoyens. Ajoutons que cette majorit\u00e9 id\u00e9ologique peut \u00eatre locale: c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elle peut correspondre aux id\u00e9es majoritaires dans une communaut\u00e9 ou un territoire donn\u00e9. Dans les temps d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, les hommes n&rsquo;ont aucune foi les uns dans les autres, \u00e0 cause de leur similitude ; mais cette m\u00eame similitude leur donne une confiance presque illimit\u00e9e dans le jugement du public; car il ne leur para\u00eet pas vraisemblable qu&rsquo;ayant tous des lumi\u00e8res pareilles, la v\u00e9rit\u00e9 ne se rencontre pas du c\u00f4t\u00e9 du plus grand nombre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome II, Partie I, Chapitre 2: De la source principale des croyances chez les peuples d\u00e9mocratiques. Ces quelques lignes de Tocqueville sont exceptionnellement claires. La fin du r\u00e9gime aristocratique signe la fin de la confiance : puisque tout le monde est \u00e0 \u00e9galit\u00e9, il n&rsquo;y a plus aucune raison de croire en l&rsquo;individu. En revanche, comme nous l&rsquo;avions pr\u00e9cis\u00e9 dans la\u00a0partie 1, les croyances de la majorit\u00e9 des hommes deviennent la norme id\u00e9ologique. En d\u00e9mocratie, l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle ne provient donc plus des \u00e9lites mais de la majorit\u00e9. C&rsquo;est ce que nous avions d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans la partie 1 en indiquant que la d\u00e9mocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la quantit\u00e9, alors que l&rsquo;aristocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la qualit\u00e9. Cela ne signifie pas que toutes les \u00e9lites ont disparu, nous en avons bien entendu encore dans beaucoup de domaines. Mais ce qui a chang\u00e9, c&rsquo;est le cr\u00e9dit que nous leur apportons. Comme celles-ci ne sont plus une classe \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb et respect\u00e9e, mais qu&rsquo;elles sont (ou deviennent de plus en plus) des individus comme tout le monde, c&rsquo;est toujours avec d\u00e9fiance et ressentiment que l&rsquo;on consent \u00e0 les \u00e9couter. Les hommes pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couter la voix du plus grand nombre qui leur semble plus l\u00e9gitime. On remarquera \u00e0 ce sujet l&rsquo;essor des critiques contre les \u00e9lites, et des termes \u00ab\u00a0\u00e9litiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9litisme\u00a0\u00bb qui ont souvent une connotation p\u00e9jorative dans le discours de ceux qui les emploient. La remise en cause et la destruction progressive des \u00e9lites fait partie du mouvement providentiel vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions postul\u00e9 par Tocqueville et que nous avons expos\u00e9 dans la\u00a0partie 1. L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 la d\u00e9sinformation : analogie de la salle r\u00e9sonante\u00a0 Nous avons vu que la d\u00e9mocratie place sa source de croyances au sein de la majorit\u00e9. Nous allons examiner dans la suite les cons\u00e9quences id\u00e9ologiques de cette foi en la majorit\u00e9. En effet, on pourrait bien se demander si la majorit\u00e9 ne peut pas aussi faire les bons choix, et si elle n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de revenir rapidement sur ses erreurs. Nous avons d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 dans la\u00a0partie 1\u00a0pourquoi il est faux, en d\u00e9mocratie, de consid\u00e9rer qu&rsquo;une majorit\u00e9 a statistiquement plus de chances qu&rsquo;une minorit\u00e9\u00a0de prendre la bonne d\u00e9cision. Nous avions alors \u00e9voqu\u00e9 deux points tr\u00e8s importants pour justifier cela. D&rsquo;abord, les hommes d\u00e9mocratiques ne pensent pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sont influenc\u00e9s par des sources communes : m\u00e9dias, intellectuels, influenceurs sur les r\u00e9seaux sociaux etc. Ensuite, les id\u00e9es adopt\u00e9es par la majorit\u00e9 ont une puissance normative telle, qu&rsquo;il est beaucoup plus simple de s&rsquo;y soumettre que de chercher \u00e0 les remettre en cause.\u00a0 Nous comprenons donc que les id\u00e9es majoritaires ne sont pas forc\u00e9ment \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;elles sont difficiles \u00e0 remettre en cause. Ce qui nous int\u00e9resse dans toute la suite de cet article, c&rsquo;est de comprendre comment ces id\u00e9es majoritaires se forment, et dans quelle mesure de nouvelles id\u00e9es qui seraient \u00ab\u00a0meilleures\u00a0\u00bb ont une chance de les renverser. L&rsquo;analogie qui suit est personnelle, et n&rsquo;est pas extraite de Tocqueville. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, il faut se repr\u00e9senter l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique comme il est r\u00e9ellement : une gigantesque salle r\u00e9sonante o\u00f9 chaque citoyen poss\u00e8de un micro plus ou moins puissant et parle pour exprimer ses id\u00e9es sur les sujets de son choix. Oui, vous avez bien compris, l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique, c&rsquo;est le bordel. Mais il serait un peu facile de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0. Car deux facteurs peuvent jouer pour faire ressortir un message audible de cette terrible cacophonie: comme on l&rsquo;a indiqu\u00e9, les citoyens sont \u00e9quip\u00e9s de micros plus ou moins puissants: la puissance du micro est une analogie du\u00a0pouvoir d&rsquo;influence du citoyen qui s&rsquo;exprime. Ainsi, un intellectuel m\u00e9diatis\u00e9, une star du sport, un artiste \u00e0 la mode, ou un youtubeur populaire auront une voix plus forte que le citoyen lambda. Mais pr\u00e9cisons que ce pouvoir d&rsquo;influence n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral rien \u00e0 voir avec l&rsquo;expertise et que les citoyens qui ont les micros les plus puissants ne sont pas forc\u00e9ment les plus l\u00e9gitimes \u00e0 s&rsquo;exprimer. \u00a0l&rsquo;audibilit\u00e9 du message exprim\u00e9 cro\u00eet avec le nombre de citoyens qui s&rsquo;expriment sur le sujet.\u00a0 Ainsi, soit par l&rsquo;influence, soit par le nombre des personnes qui s&rsquo;expriment, certaines id\u00e9es deviennent plus audibles que d&rsquo;autres. Cela signifie \u00e9galement que les autres id\u00e9es sont \u00e9clips\u00e9es. Du moins, il est beaucoup plus difficile de les entendre : imaginez-vous en train d&rsquo;\u00e9couter quelqu&rsquo;un qui parle faiblement lorsque vous \u00eates entour\u00e9 de gens qui vous parlent bruyamment. En plus d&rsquo;\u00eatre difficile, c&rsquo;est franchement insupportable. Quelle est la conclusion de tout cela ? L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 une forme de d\u00e9sinformation. En effet, il est clair qu&rsquo;au sein de cette insupportable cacophonie,\u00a0la majorit\u00e9 des hommes d\u00e9mocratiques doivent renoncer \u00e0 la r\u00e9flexion: soit en n&rsquo;\u00e9coutant que les id\u00e9es les plus audibles (qui deviennent de facto\u00a0les id\u00e9es majoritaires), ce qui les livre au p\u00e9ril de la manipulation; soit en stoppant d&rsquo;\u00e9couter pour retourner \u00e0 d&rsquo;autres pr\u00e9occupations, mat\u00e9rielles ou professionnelles. Ces individus sortent de la salle r\u00e9sonante, et n&rsquo;adoptent que les id\u00e9es qui les arrangent le mieux quitte \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient p\u00e9rilleuses pour la soci\u00e9t\u00e9. Cet individualisme est parfois teint\u00e9 d&rsquo;un scepticisme bien confortable : \u00ab\u00a0puisque tout le monde dit tout et son contraire, alors c&rsquo;est que toute id\u00e9e est inutile, et donc \u00e0 quoi bon penser?\u00a0\u00bb L&rsquo;absence de r\u00e9flexion vis-\u00e0-vis des informations re\u00e7ues emp\u00eache les hommes de discerner la v\u00e9rit\u00e9 parmi le mensonge. Voil\u00e0 pourquoi cette abondance d&rsquo;information finit par \u00eatre une v\u00e9ritable d\u00e9sinformation. Il existe quelques hommes destin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de cette cacophonie intellectuelle. Tels des aventuriers, ils cherchent \u00e0 discerner la v\u00e9rit\u00e9 dans la jungle d&rsquo;informations qui les entoure. Ces hommes, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 se construire leur opinion en rejetant le conformisme aussi bien que le scepticisme, forment une minorit\u00e9. Pourtant, c&rsquo;est sur eux que repose enti\u00e8rement l&rsquo;espoir de notre d\u00e9mocratie. Ils sont ses seuls \u00e9claireurs et ses meilleurs d\u00e9fenseurs.\u00a0 On peut compter que la majorit\u00e9 des hommes s&rsquo;arr\u00eatera toujours dans l&rsquo;un de ces deux \u00e9tats : elle croira sans savoir pourquoi, ou ne saura pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;il faut croire. Quant \u00e0 cette autre esp\u00e8ce de conviction r\u00e9fl\u00e9chie et ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame qui na\u00eet de la science et s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du milieu m\u00eame des agitations du doute, il ne sera jamais donn\u00e9 qu&rsquo;aux efforts d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre d&rsquo;hommes de l&rsquo;atteindre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 5 : Du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique. Les hommes d\u00e9mocratiques ont peu de temps pour s&rsquo;instruire A ce que nous venons de dire, il faut de surcro\u00eet ajouter le facteur temps, c&rsquo;est \u00e0 dire que dans une d\u00e9mocratie, les hommes travaillent et ne disposent que d&rsquo;un temps libre limit\u00e9. Ainsi, lorsqu&rsquo;un individu essaie de se forger une opinion, il ne peut entrer \u00e0 chaque fois que pendant un temps limit\u00e9 dans la salle cacophonique d\u00e9crite plus haut, ce qui n&rsquo;arrange pas les choses. Il ne faut pas n\u00e9gliger cet aspect. En effet, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;ancienne \u00e9lite aristocratique avait le temps libre pour se consacrer aux loisirs de la connaissance et de la pens\u00e9e,\u00a0les pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles dans une d\u00e9mocratie entravent consid\u00e9rablement la capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;instruire.\u00a0\u00a0 Il est impossible, quoi qu&rsquo;on fasse, d&rsquo;\u00e9lever les lumi\u00e8res du peuple au-dessus d&rsquo;un certain niveau. On aura beau faciliter les abords des connaissances humaines, am\u00e9liorer les m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement et mettre la science \u00e0 bon march\u00e9 [NDLR: avec toutes les vid\u00e9os YouTube que l&rsquo;on veut],\u00a0on ne fera jamais que les hommes s&rsquo;instruisent et d\u00e9veloppent leur intelligence sans y consacrer du temps. Le plus ou moins de facilit\u00e9 que rencontre le peuple \u00e0 vivre sans travailler forme donc la limite n\u00e9cessaire de ses progr\u00e8s intellectuels. Cette limite est plac\u00e9e plus loin dans certains pays, moins loin dans certains autres; mais pour qu&rsquo;elle n&rsquo;exist\u00e2t point, il faudrait que le peuple n&rsquo;e\u00fbt point \u00e0 s&rsquo;occuper des soins mat\u00e9riels de la vie, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il ne f\u00fbt plus le peuple. Il est donc aussi difficile de concevoir une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tous les hommes soient tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9s, qu&rsquo;un \u00c9tat o\u00f9 tous les citoyens soient riches; ce sont l\u00e0 deux difficult\u00e9s corr\u00e9latives. J&rsquo;admettrai sans peine que la masse des citoyens veut tr\u00e8s sinc\u00e8rement le...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-08-26T11:02:11+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-10-06T12:06:46+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"526\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"435\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"cl\u00e9ment\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"cl\u00e9ment\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\",\"name\":\"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png\",\"datePublished\":\"2024-08-26T11:02:11+00:00\",\"dateModified\":\"2024-10-06T12:06:46+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png\",\"width\":526,\"height\":435},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/\",\"name\":\"\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c\",\"name\":\"cl\u00e9ment\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g\",\"caption\":\"cl\u00e9ment\"},\"sameAs\":[\"https:\/\/www.bibelios.com\"],\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/author\/clucch1995\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -","og_description":"L&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me politique a profond\u00e9ment transform\u00e9 la mani\u00e8re de penser des hommes. Durant les r\u00e9gimes aristocratiques, les id\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une \u00e9lite minoritaire et r\u00e9pandues dans toutes les classes sociales. La classe dominante faisait alors office d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions et la d\u00e9mocratie dissolvent cette autorit\u00e9 intellectuelle de classe: d\u00e9sormais chacun peut s&rsquo;exprimer, augmenter ses connaissances, et diffuser de l&rsquo;information \u00e0 large \u00e9chelle. Ce bouleversement dans la diffusion des id\u00e9es et du savoir est analys\u00e9 par Tocqueville, et c&rsquo;est l&rsquo;objet de cet article.\u00a0 Nous allons voir un paradoxe, un peu similaire dans la forme \u00e0 celui que nous avons expos\u00e9 dans la partie 1. Nous avions montr\u00e9 qu&rsquo;en cherchant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous, la d\u00e9mocratie recr\u00e9ait spontan\u00e9ment de nouvelles in\u00e9galit\u00e9s, moins nombreuses mais plus fortes et peut-\u00eatre plus dangereuses. Ici, nous allons voir qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ralisant la diffusion des informations, la d\u00e9mocratie cr\u00e9e de la d\u00e9sinformation. En donnant \u00e0 chacun la libert\u00e9 de s&rsquo;exprimer, elle augmente certes le nombre d&rsquo;id\u00e9es, mais donne une importance d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 quelques unes et \u00e9touffe compl\u00e8tement toutes les autres, si bien que la vitalit\u00e9 intellectuelle de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;en retrouve consid\u00e9rablement diminu\u00e9e.\u00a0 Bien s\u00fbr, Tocqueville n&rsquo;a pas connu les r\u00e9seaux sociaux. Nous allons cependant voir comment son analyse, que nous nous permettons d&rsquo;extrapoler l\u00e9g\u00e8rement, s&rsquo;applique parfaitement au monde num\u00e9rique contemporain. L\u00e0 encore, Tocqueville a fait preuve d&rsquo;une incroyable justesse.\u00a0 D&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle dans une d\u00e9mocratie ? Puisque le savoir et sa diffusion ne sont plus le privil\u00e8ge d&rsquo;une minorit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9gitime, la premi\u00e8re question qui se pose est la suivante :\u00a0en qui pouvons-nous faire confiance dans une d\u00e9mocratie?\u00a0Question qui pose d\u00e9j\u00e0 probl\u00e8me. En effet, quand on essaye de chercher des exemples d&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle, on se heurte souvent \u00e0 de mauvais exemples: politiciens d\u00e9magogues, commer\u00e7ants pr\u00eats \u00e0 mentir pour vendre leurs produits, m\u00e9decins \u00e0 la solde de laboratoires, \u00e9tudes statistiques biais\u00e9es, \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb aux id\u00e9ologies sulfureuses&#8230; on cherche vainement quelque chose de rassurant, des individus de confiance, et il nous semble au contraire que tout n&rsquo;est qu&rsquo;imposture.\u00a0 Il faut d&rsquo;abord reconna\u00eetre que, du fait de la progression technique, le monde est devenu extr\u00eamement complexe depuis la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Il y a aujourd&rsquo;hui une multitude de champs de connaissance et donc autant d&rsquo; \u00ab\u00a0autorit\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb. Le savoir, hier le privil\u00e8ge de quelques-uns, est aujourd&rsquo;hui fragment\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Par ailleurs, \u00e0 mesure que nos lumi\u00e8res ont progress\u00e9, nous avons dans le m\u00eame temps\u00a0pris la (bonne) habitude de vouloir comprendre le monde qui nous entoure, c&rsquo;est-\u00e0-dire de rationaliser. Ce double ph\u00e9nom\u00e8ne de sp\u00e9cialisation infinit\u00e9simale de la connaissance, conjugu\u00e9 \u00e0 un besoin accru de compr\u00e9hension, doit n\u00e9cessairement nous amener individuellement \u00e0 une frustration intellectuelle et \u00e0 un certain scepticisme. On ne peut pas tout savoir et on ne peut pas tout comprendre. Dans l&rsquo;ensemble, les hommes sont donc individuellement tr\u00e8s ignorants (relativement au champ total des connaissances \u00e9tablies). La bonne question est ensuite de savoir comment les hommes comblent cette frustration.\u00a0Car, on a beau se plaindre que peu de gens soient \u00e9rudits, cela ne nous emp\u00eache pas de penser, d&rsquo;avoir des avis, de prendre des d\u00e9cisions, de glisser un bulletin dans l&rsquo;urne. C&rsquo;est bien que nous tirons nos croyances, \u00e0 d\u00e9faut de connaissances, de quelque part. Dans l&rsquo;ensemble, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule autorit\u00e9 intellectuelle qui nous semble l\u00e9gitime et de laquelle nous acceptons les id\u00e9es. Et cette autorit\u00e9 intellectuelle, c&rsquo;est la majorit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 dire les id\u00e9es pens\u00e9es et exprim\u00e9es par la majorit\u00e9 des citoyens. Ajoutons que cette majorit\u00e9 id\u00e9ologique peut \u00eatre locale: c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elle peut correspondre aux id\u00e9es majoritaires dans une communaut\u00e9 ou un territoire donn\u00e9. Dans les temps d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, les hommes n&rsquo;ont aucune foi les uns dans les autres, \u00e0 cause de leur similitude ; mais cette m\u00eame similitude leur donne une confiance presque illimit\u00e9e dans le jugement du public; car il ne leur para\u00eet pas vraisemblable qu&rsquo;ayant tous des lumi\u00e8res pareilles, la v\u00e9rit\u00e9 ne se rencontre pas du c\u00f4t\u00e9 du plus grand nombre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome II, Partie I, Chapitre 2: De la source principale des croyances chez les peuples d\u00e9mocratiques. Ces quelques lignes de Tocqueville sont exceptionnellement claires. La fin du r\u00e9gime aristocratique signe la fin de la confiance : puisque tout le monde est \u00e0 \u00e9galit\u00e9, il n&rsquo;y a plus aucune raison de croire en l&rsquo;individu. En revanche, comme nous l&rsquo;avions pr\u00e9cis\u00e9 dans la\u00a0partie 1, les croyances de la majorit\u00e9 des hommes deviennent la norme id\u00e9ologique. En d\u00e9mocratie, l&rsquo;autorit\u00e9 intellectuelle ne provient donc plus des \u00e9lites mais de la majorit\u00e9. C&rsquo;est ce que nous avions d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans la partie 1 en indiquant que la d\u00e9mocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la quantit\u00e9, alors que l&rsquo;aristocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la qualit\u00e9. Cela ne signifie pas que toutes les \u00e9lites ont disparu, nous en avons bien entendu encore dans beaucoup de domaines. Mais ce qui a chang\u00e9, c&rsquo;est le cr\u00e9dit que nous leur apportons. Comme celles-ci ne sont plus une classe \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb et respect\u00e9e, mais qu&rsquo;elles sont (ou deviennent de plus en plus) des individus comme tout le monde, c&rsquo;est toujours avec d\u00e9fiance et ressentiment que l&rsquo;on consent \u00e0 les \u00e9couter. Les hommes pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couter la voix du plus grand nombre qui leur semble plus l\u00e9gitime. On remarquera \u00e0 ce sujet l&rsquo;essor des critiques contre les \u00e9lites, et des termes \u00ab\u00a0\u00e9litiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9litisme\u00a0\u00bb qui ont souvent une connotation p\u00e9jorative dans le discours de ceux qui les emploient. La remise en cause et la destruction progressive des \u00e9lites fait partie du mouvement providentiel vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions postul\u00e9 par Tocqueville et que nous avons expos\u00e9 dans la\u00a0partie 1. L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 la d\u00e9sinformation : analogie de la salle r\u00e9sonante\u00a0 Nous avons vu que la d\u00e9mocratie place sa source de croyances au sein de la majorit\u00e9. Nous allons examiner dans la suite les cons\u00e9quences id\u00e9ologiques de cette foi en la majorit\u00e9. En effet, on pourrait bien se demander si la majorit\u00e9 ne peut pas aussi faire les bons choix, et si elle n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de revenir rapidement sur ses erreurs. Nous avons d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 dans la\u00a0partie 1\u00a0pourquoi il est faux, en d\u00e9mocratie, de consid\u00e9rer qu&rsquo;une majorit\u00e9 a statistiquement plus de chances qu&rsquo;une minorit\u00e9\u00a0de prendre la bonne d\u00e9cision. Nous avions alors \u00e9voqu\u00e9 deux points tr\u00e8s importants pour justifier cela. D&rsquo;abord, les hommes d\u00e9mocratiques ne pensent pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sont influenc\u00e9s par des sources communes : m\u00e9dias, intellectuels, influenceurs sur les r\u00e9seaux sociaux etc. Ensuite, les id\u00e9es adopt\u00e9es par la majorit\u00e9 ont une puissance normative telle, qu&rsquo;il est beaucoup plus simple de s&rsquo;y soumettre que de chercher \u00e0 les remettre en cause.\u00a0 Nous comprenons donc que les id\u00e9es majoritaires ne sont pas forc\u00e9ment \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;elles sont difficiles \u00e0 remettre en cause. Ce qui nous int\u00e9resse dans toute la suite de cet article, c&rsquo;est de comprendre comment ces id\u00e9es majoritaires se forment, et dans quelle mesure de nouvelles id\u00e9es qui seraient \u00ab\u00a0meilleures\u00a0\u00bb ont une chance de les renverser. L&rsquo;analogie qui suit est personnelle, et n&rsquo;est pas extraite de Tocqueville. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, il faut se repr\u00e9senter l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique comme il est r\u00e9ellement : une gigantesque salle r\u00e9sonante o\u00f9 chaque citoyen poss\u00e8de un micro plus ou moins puissant et parle pour exprimer ses id\u00e9es sur les sujets de son choix. Oui, vous avez bien compris, l&rsquo;espace intellectuel d\u00e9mocratique, c&rsquo;est le bordel. Mais il serait un peu facile de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0. Car deux facteurs peuvent jouer pour faire ressortir un message audible de cette terrible cacophonie: comme on l&rsquo;a indiqu\u00e9, les citoyens sont \u00e9quip\u00e9s de micros plus ou moins puissants: la puissance du micro est une analogie du\u00a0pouvoir d&rsquo;influence du citoyen qui s&rsquo;exprime. Ainsi, un intellectuel m\u00e9diatis\u00e9, une star du sport, un artiste \u00e0 la mode, ou un youtubeur populaire auront une voix plus forte que le citoyen lambda. Mais pr\u00e9cisons que ce pouvoir d&rsquo;influence n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral rien \u00e0 voir avec l&rsquo;expertise et que les citoyens qui ont les micros les plus puissants ne sont pas forc\u00e9ment les plus l\u00e9gitimes \u00e0 s&rsquo;exprimer. \u00a0l&rsquo;audibilit\u00e9 du message exprim\u00e9 cro\u00eet avec le nombre de citoyens qui s&rsquo;expriment sur le sujet.\u00a0 Ainsi, soit par l&rsquo;influence, soit par le nombre des personnes qui s&rsquo;expriment, certaines id\u00e9es deviennent plus audibles que d&rsquo;autres. Cela signifie \u00e9galement que les autres id\u00e9es sont \u00e9clips\u00e9es. Du moins, il est beaucoup plus difficile de les entendre : imaginez-vous en train d&rsquo;\u00e9couter quelqu&rsquo;un qui parle faiblement lorsque vous \u00eates entour\u00e9 de gens qui vous parlent bruyamment. En plus d&rsquo;\u00eatre difficile, c&rsquo;est franchement insupportable. Quelle est la conclusion de tout cela ? L&rsquo;abondance d&rsquo;informations conduit \u00e0 une forme de d\u00e9sinformation. En effet, il est clair qu&rsquo;au sein de cette insupportable cacophonie,\u00a0la majorit\u00e9 des hommes d\u00e9mocratiques doivent renoncer \u00e0 la r\u00e9flexion: soit en n&rsquo;\u00e9coutant que les id\u00e9es les plus audibles (qui deviennent de facto\u00a0les id\u00e9es majoritaires), ce qui les livre au p\u00e9ril de la manipulation; soit en stoppant d&rsquo;\u00e9couter pour retourner \u00e0 d&rsquo;autres pr\u00e9occupations, mat\u00e9rielles ou professionnelles. Ces individus sortent de la salle r\u00e9sonante, et n&rsquo;adoptent que les id\u00e9es qui les arrangent le mieux quitte \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient p\u00e9rilleuses pour la soci\u00e9t\u00e9. Cet individualisme est parfois teint\u00e9 d&rsquo;un scepticisme bien confortable : \u00ab\u00a0puisque tout le monde dit tout et son contraire, alors c&rsquo;est que toute id\u00e9e est inutile, et donc \u00e0 quoi bon penser?\u00a0\u00bb L&rsquo;absence de r\u00e9flexion vis-\u00e0-vis des informations re\u00e7ues emp\u00eache les hommes de discerner la v\u00e9rit\u00e9 parmi le mensonge. Voil\u00e0 pourquoi cette abondance d&rsquo;information finit par \u00eatre une v\u00e9ritable d\u00e9sinformation. Il existe quelques hommes destin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever au-dessus de cette cacophonie intellectuelle. Tels des aventuriers, ils cherchent \u00e0 discerner la v\u00e9rit\u00e9 dans la jungle d&rsquo;informations qui les entoure. Ces hommes, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 se construire leur opinion en rejetant le conformisme aussi bien que le scepticisme, forment une minorit\u00e9. Pourtant, c&rsquo;est sur eux que repose enti\u00e8rement l&rsquo;espoir de notre d\u00e9mocratie. Ils sont ses seuls \u00e9claireurs et ses meilleurs d\u00e9fenseurs.\u00a0 On peut compter que la majorit\u00e9 des hommes s&rsquo;arr\u00eatera toujours dans l&rsquo;un de ces deux \u00e9tats : elle croira sans savoir pourquoi, ou ne saura pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;il faut croire. Quant \u00e0 cette autre esp\u00e8ce de conviction r\u00e9fl\u00e9chie et ma\u00eetresse d&rsquo;elle-m\u00eame qui na\u00eet de la science et s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du milieu m\u00eame des agitations du doute, il ne sera jamais donn\u00e9 qu&rsquo;aux efforts d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre d&rsquo;hommes de l&rsquo;atteindre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 5 : Du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique. Les hommes d\u00e9mocratiques ont peu de temps pour s&rsquo;instruire A ce que nous venons de dire, il faut de surcro\u00eet ajouter le facteur temps, c&rsquo;est \u00e0 dire que dans une d\u00e9mocratie, les hommes travaillent et ne disposent que d&rsquo;un temps libre limit\u00e9. Ainsi, lorsqu&rsquo;un individu essaie de se forger une opinion, il ne peut entrer \u00e0 chaque fois que pendant un temps limit\u00e9 dans la salle cacophonique d\u00e9crite plus haut, ce qui n&rsquo;arrange pas les choses. Il ne faut pas n\u00e9gliger cet aspect. En effet, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;ancienne \u00e9lite aristocratique avait le temps libre pour se consacrer aux loisirs de la connaissance et de la pens\u00e9e,\u00a0les pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles dans une d\u00e9mocratie entravent consid\u00e9rablement la capacit\u00e9 des hommes \u00e0 s&rsquo;instruire.\u00a0\u00a0 Il est impossible, quoi qu&rsquo;on fasse, d&rsquo;\u00e9lever les lumi\u00e8res du peuple au-dessus d&rsquo;un certain niveau. On aura beau faciliter les abords des connaissances humaines, am\u00e9liorer les m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement et mettre la science \u00e0 bon march\u00e9 [NDLR: avec toutes les vid\u00e9os YouTube que l&rsquo;on veut],\u00a0on ne fera jamais que les hommes s&rsquo;instruisent et d\u00e9veloppent leur intelligence sans y consacrer du temps. Le plus ou moins de facilit\u00e9 que rencontre le peuple \u00e0 vivre sans travailler forme donc la limite n\u00e9cessaire de ses progr\u00e8s intellectuels. Cette limite est plac\u00e9e plus loin dans certains pays, moins loin dans certains autres; mais pour qu&rsquo;elle n&rsquo;exist\u00e2t point, il faudrait que le peuple n&rsquo;e\u00fbt point \u00e0 s&rsquo;occuper des soins mat\u00e9riels de la vie, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il ne f\u00fbt plus le peuple. Il est donc aussi difficile de concevoir une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tous les hommes soient tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9s, qu&rsquo;un \u00c9tat o\u00f9 tous les citoyens soient riches; ce sont l\u00e0 deux difficult\u00e9s corr\u00e9latives. J&rsquo;admettrai sans peine que la masse des citoyens veut tr\u00e8s sinc\u00e8rement le...","og_url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/","article_published_time":"2024-08-26T11:02:11+00:00","article_modified_time":"2024-10-06T12:06:46+00:00","og_image":[{"width":526,"height":435,"url":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png","type":"image\/png"}],"author":"cl\u00e9ment","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"cl\u00e9ment","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/","name":"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique -","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png","datePublished":"2024-08-26T11:02:11+00:00","dateModified":"2024-10-06T12:06:46+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png","contentUrl":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/tocqueville-ide\u0301es.png","width":526,"height":435},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.bibelios.com\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Tocqueville 3\/4 : Formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#website","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/","name":"","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.bibelios.com\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c","name":"cl\u00e9ment","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g","caption":"cl\u00e9ment"},"sameAs":["https:\/\/www.bibelios.com"],"url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/author\/clucch1995\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/357","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=357"}],"version-history":[{"count":358,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/357\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1782,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/357\/revisions\/1782"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1152"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}