{"id":130,"date":"2024-08-26T13:04:52","date_gmt":"2024-08-26T11:04:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.thinkingbolt.com\/?p=130"},"modified":"2024-10-06T14:01:43","modified_gmt":"2024-10-06T12:01:43","slug":"tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/","title":{"rendered":"Tocqueville 1\/4 : L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"130\" class=\"elementor elementor-130\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-49aa13d0 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"49aa13d0\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-32c74c74\" data-id=\"32c74c74\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1e2979a0 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1e2979a0\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><\/p>\n<p class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Dans cette premi\u00e8re partie, nous nous int\u00e9ressons au rapport entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 en politique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en d\u00e9mocratie. Nous verrons que ces deux id\u00e9aux sont antinomiques dans la pratique, et que les hommes d\u00e9mocratiques ont choisi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9. Ce choix doit les conduire \u00e0 d\u00e9truire toute forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 <i>entre eux<\/i>, pour se soumettre \u00e0 trois formes d&rsquo;autorit\u00e9 que nous examinerons \u00e0 la fin de cet article.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">En fait, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en politique pourrait se r\u00e9sumer dans les deux lignes suivantes de Tocqueville:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n&rsquo;en donner \u00e0 personne.<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ce qui refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 la finesse de la limite entre \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique et despotisme. Tocqueville ajoute:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size: 20px;\">D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, quand les citoyens sont tous \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gaux, il leur devient difficile de d\u00e9fendre leur ind\u00e9pendance contre les agressions du pouvoir. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tant alors assez fort pour lutter seul avec avantage, il n&rsquo;y a que la combinaison des forces de tous qui puisse garantir la libert\u00e9. Or, une pareille combinaison ne se rencontre pas toujours.<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ce qui se dessine ici au d\u00e9but de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville, et ce qui r\u00e9appara\u00eet tout au long des deux tomes, est l&rsquo;id\u00e9e suivante: la fin de l&rsquo;aristocratie signe la dissolution des corps interm\u00e9diaires qui formaient un contre-pouvoir \u00e0 la puissance politique. Le gouvernement, dont le peuple ne peut souffrir l&rsquo;absence, se retrouve seul et plus puissant devant une masse de citoyens, certes d\u00e9sormais \u00e9gaux, mais \u00e9galement plus faibles. <strong>La suppression des privil\u00e8ges conduit \u00e0 la concentration des pouvoirs dans les mains de l&rsquo;\u00c9tat<\/strong>.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte, c&rsquo;est la disparition de la libert\u00e9<\/h3>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">La libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont fondamentalement antinomiques. Pour une simple affaire de logique : si les hommes sont tous \u00e9gaux, il ne peuvent pas \u00eatre libres. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est une contrainte. Si \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9cidait que tout le monde devait s&rsquo;habiller en bleu avec des chaussures rouges, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les autres, mais vous ne seriez certainement pas libre. Si on vous disait que tous les citoyens de votre pays devaient travailler dans la m\u00eame entreprise, avoir le m\u00eame salaire et faire la m\u00eame chose, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9, mais toujours pas libre. Dans ces diff\u00e9rents exemples, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est impos\u00e9e par un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui d\u00e9tient le pouvoir, parce que de telles contraintes ne pourraient \u00eatre respect\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 libre. Toute \u00e9galit\u00e9 entre les hommes conduit \u00e0 les \u00ab\u00a0uniformiser\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 supprimer une part de leur libert\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Revenons donc un instant \u00e0 ce que nous devons comprendre par \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie. Il semble que cette id\u00e9e doit \u00eatre plus \u00e9labor\u00e9e qu&rsquo;une absence totale de diff\u00e9rences entre les individus.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux <strong>en droits<\/strong>. Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune.<\/p>\n<p><em>D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789<\/em>, Article Ier.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux <strong>en droits<\/strong>.\u00a0\u00bb Les deux derniers mots de cette phrase sont fondamentaux.\u00a0<span style=\"letter-spacing: 0px;\">Ce que l&rsquo;on entend par \u00e9galit\u00e9, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte entre les hommes, c&rsquo;est plut\u00f4t le fait d&rsquo;<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px; font-weight: bold;\">avoir des droits \u00e9gaux<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">.\u00a0<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Il n&rsquo;est nulle part \u00e9crit que les hommes doivent \u00eatre identiques, car l\u00e0 serait la dictature. Il n&rsquo;est pas non plus dit que les hommes ne doivent pas \u00eatre in\u00e9gaux, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Au contraire, la deuxi\u00e8me phrase de cet article Ier, qui est d&rsquo;ailleurs souvent oubli\u00e9e, \u00e9nonce : \u00ab\u00a0Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb. Autant dire que cette phrase laisse un boulevard \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, puisque le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb est extr\u00eamement vague.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Rappelez-vous donc bien de la formulation exacte de cet Article Ier. Vous entendrez souvent des personnes l&rsquo;invoquer \u00e0 tort au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, alors qu&rsquo;il promeut au contraire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 <i>des droits<\/i>, et autorise m\u00eame l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. Et cette \u00e9galit\u00e9 en droits \u00e9nonc\u00e9e dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen est-elle finalement autre chose que la libert\u00e9 (d&rsquo;exercer ces droits)? <br \/><\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Le glissement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits (<i>i.e<\/i> la libert\u00e9) telle que formul\u00e9e dans la DDHC de 1789 vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pure et dure des citoyens \u00e9voqu\u00e9e plus haut est assez dangereuse. Comme nous l&rsquo;avons vu, ces deux \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont en fait totalement antinomiques, puisque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits est une condition de la libert\u00e9, tandis que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de fait est une contrainte \u00e0 la libert\u00e9.<br \/><\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Avant de continuer, faisons un petit d\u00e9tour sp\u00e9culatif. Pourrait-on r\u00eaver d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de fait (et non de droits) disparaissent totalement? Cela n&rsquo;impliquerait pas forc\u00e9ment que tous les hommes soient identiques car, <i>a priori,<\/i> l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas la diff\u00e9rence. On pourrait donc imaginer une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes diff\u00e9rents, mais \u00e9gaux. Une telle soci\u00e9t\u00e9 pourrait-elle r\u00e9ellement exister et se maintenir? C&rsquo;est fort peu probable.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">En effet, on n&rsquo;a pas \u00e0 regarder bien loin pour s&rsquo;apercevoir que les <strong>diff\u00e9rences<\/strong> naturelles entre les hommes engendrent des <strong>in\u00e9galit\u00e9s<\/strong>\u00a0naturelles entre eux : l&rsquo;intelligence, la d\u00e9termination, la beaut\u00e9, le charisme&#8230; sont autant de qualit\u00e9s qui font la r\u00e9ussite des hommes ou leur \u00e9chec dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on leur donne la libert\u00e9 d&rsquo;exprimer ces qualit\u00e9s. Le renversement de la monarchie et de l&rsquo;aristocratie voit certes dispara\u00eetre l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, mais laisse place \u00e0 une forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 tout aussi arbitraire, dans laquelle les hommes libres (car \u00e9gaux en droits) se distinguent naturellement par leurs talents respectifs. En supposant que cela soit vraiment souhaitable, la seule mani\u00e8re de gommer cette in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes serait de supprimer leur libert\u00e9. Ce serait, par exemple, d&#8217;emp\u00eacher la personne intelligente et d\u00e9termin\u00e9e de r\u00e9ussir mieux que les autres dans telle entreprise. On ne parle m\u00eame pas ici d&rsquo;argent, seulement de r\u00e9ussite. Ce serait aussi emp\u00eacher tel brillant orateur de devenir un avocat renomm\u00e9. Ou telle personne resplendissante de beaut\u00e9 et de charisme d&rsquo;\u00eatre une star hollywoodienne. <strong>Dit autrement, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes suppose la disparition de leur libert\u00e9. En effet, l&rsquo;exercice libre de leurs diff\u00e9rences naturelles m\u00e8ne \u00e0 leur in\u00e9galit\u00e9.\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3>Les hommes d\u00e9mocratiques pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9<\/h3>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">La libert\u00e9 (avoir les m\u00eames droits) et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (\u00eatre comme tous les autres) sont donc deux id\u00e9es fondamentalement antinomiques. Les hommes ont-ils une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces deux id\u00e9aux: leur libert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ou la suppression de leurs in\u00e9galit\u00e9s de l&rsquo;autre?<\/span> Une position raisonnable serait sans doute de penser qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 juste \u00e9tablirait un certain \u00e9quilibre entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;est pas le <em>far west<\/em> avec sa loi du plus fort, mais qui n&rsquo;est pas non plus totalitaire, en niant aux individus le droit d&rsquo;exercer leur talent de mani\u00e8re libre (soit une soci\u00e9t\u00e9 qui conserve quelques in\u00e9galit\u00e9s). Mais Tocqueville, en fin sociologue, balaie d&rsquo;un revers de main cette hypoth\u00e8se: entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9, les hommes ont d\u00e9j\u00e0 fait leur choix, et celui-ci est sans appel.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size: 20px;\">\n<p style=\"font-size: 20px;\">Il y a en effet une passion m\u00e2le et l\u00e9gitime pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui excite les hommes \u00e0 vouloir \u00eatre tous forts et estim\u00e9s. Cette passion tend \u00e0 \u00e9lever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un go\u00fbt d\u00e9prav\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, qui porte les faibles \u00e0 vouloir attirer les forts \u00e0 leur niveau, et qui r\u00e9duit les hommes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la servitude \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Ce n&rsquo;est pas que les peuples dont l&rsquo;\u00e9tat social est d\u00e9mocratique m\u00e9prisent naturellement la libert\u00e9; ils ont au contraire un go\u00fbt instinctif pour elle. Mais la libert\u00e9 n&rsquo;est pas l&rsquo;objet principal et continu de leur d\u00e9sir ; ce qu&rsquo;ils aiment d&rsquo;un amour \u00e9ternel, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9; ils s&rsquo;\u00e9lancent vers la libert\u00e9 par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s&rsquo;ils manquent le but, ils se r\u00e9signent ; mais rien ne saurait les satisfaire sans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et ils consentiraient plut\u00f4t \u00e0 p\u00e9rir qu&rsquo;\u00e0 la perdre.<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t cette aversion pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 a un nom tr\u00e8s simple: c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;envie ou le ressentiment. L&rsquo;envie est une tendance dominante des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques pour Tocqueville. Celle-ci est une cons\u00e9quence de l&rsquo;individualisme (que nous analyserons plus en d\u00e9tail dans la\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">partie 2<\/a>), mais c&rsquo;est \u00e9galement un effet de la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions. En effet, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit entre les hommes, leurs in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9siduelles leur devient de plus en plus insupportable et leur envie de tout ce qui est meilleur qu&rsquo;eux s&rsquo;accroit. On hait d&rsquo;autant plus l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que celle-ci se rar\u00e9fie et devient mesurable.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Plus qu&rsquo;un choix, la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions appara\u00eet chez Tocqueville comme un fait quasi-providentiel.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Lorsqu&rsquo;on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands \u00e9v\u00e9nements qui depuis sept cents ans n&rsquo;aient tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Les croisades et les guerres des Anglais d\u00e9ciment les nobles et divisent leurs terres ; l&rsquo;institution des communes introduit la libert\u00e9 d\u00e9mocratique au sein de la monarchie f\u00e9odale ; la d\u00e9couverte des armes \u00e0 feu \u00e9galise le vilain et le noble sur le champ de bataille ; l&rsquo;imprimerie offre d&rsquo;\u00e9gales ressources \u00e0 leur intelligence ; la poste vient d\u00e9poser la lumi\u00e8re sur le seuil de la cabane du pauvre comme \u00e0 la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont \u00e9galement en \u00e9tat de trouver le chemin du ciel [&#8230;]. D\u00e8s que les citoyens commenc\u00e8rent \u00e0 poss\u00e9der la terre autrement que suivant la tenure f\u00e9odale, et que la richesse mobili\u00e8re, \u00e9tant connue,\u00a0 put \u00e0 son tour cr\u00e9er l&rsquo;influence et donner le pouvoir, on ne fit point de d\u00e9couvertes dans les arts, on n&rsquo;introduisit plus de perfectionnements dans le commerce et dans l&rsquo;industrie, sans cr\u00e9er comme autant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. A partir de ce moment, tous les proc\u00e9d\u00e9s qui se d\u00e9couvrent, tous les besoins qui viennent \u00e0 na\u00eetre, tous les d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 se satisfaire, sont des progr\u00e8s vers le nivellement universel.\u00a0 Le go\u00fbt du luxe, l&rsquo;amour de la guerre, l&#8217;empire de la mode, les passions les plus superficielles du coeur humain comme les plus profondes, semblent travailler de concert \u00e0 appauvrir les riches et \u00e0 enrichir les pauvres.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la d\u00e9mocratie ; tous les hommes l&rsquo;ont aid\u00e9e de leurs efforts ; ceux qui avaient en vue de concourir \u00e0 ses succ\u00e8s et ceux qui ne songeaient point \u00e0 la servir ; ceux qui ont combattu pour elle, et ceux-m\u00eames qui se sont d\u00e9clar\u00e9s ses ennemis ; tous ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans la m\u00eame voie, et tous ont travaill\u00e9 en commun, les uns malgr\u00e9 eux, les autres \u00e0 leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><b>Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caract\u00e8res : il est universel, il est durable, il \u00e9chappe chaque jour \u00e0 la puissance humaine; tous les \u00e9v\u00e9nements, comme tous les hommes, servent \u00e0 son d\u00e9veloppement.<\/b><\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><b>Serait-il sage de croire qu&rsquo;un mouvement social qui vient de si loin pourra \u00eatre suspendu par les efforts d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ?<\/b> Pense-t-on qu&rsquo;apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la d\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S&rsquo;arr\u00eatera-t-elle maintenant qu&rsquo;elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles?<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">O\u00f9 allons nous donc? Nul ne saurait le dire [&#8230;].<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><em style=\"font-size: 20px;\">De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em><span style=\"font-size: 20px; font-style: italic;\">,\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 20px;\">Tocqueville, Tome I, Introduction.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Lorsqu&rsquo;on lit ce passage, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser par exemple aux <i>smartphones <\/i>ou \u00e0 Netflix, que chacun ou presque d&rsquo;entre nous utilise, quelle que soit sa condition ou son milieu. On ne peut nier que la d\u00e9mocratie et les progr\u00e8s techniques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e ont consid\u00e9rablement accru le niveau de vie de tous (malgr\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s qui demeurent). Le nivellement dont parle Tocqueville, c&rsquo;est exactement le fait que la majorit\u00e9 des citoyens peut allumer TikTok, manger au McDo, prendre le RER ou simplement \u00eatre soign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Providence? Caract\u00e8re naturel de l&rsquo;esprit humain ? Il ne nous appartient pas de trancher. Mais ce qui semble \u00e9vident, c&rsquo;est que, sur le temps long, l&rsquo;humanit\u00e9 progresse in\u00e9luctablement vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous, plut\u00f4t que vers la libert\u00e9 de tous. Cette tendance a des cons\u00e9quences politiques que nous analysons dans la suite.<\/span><\/p>\n<h3>La progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 conduit les hommes \u00e0 se soumettre \u00e0 trois formes de pouvoirs<\/h3>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Comme nous venons de le voir, les hommes semblent \u00eatre mus par une passion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 plus forte que leur passion de libert\u00e9. Cette pr\u00e9f\u00e9rence doit les conduire \u00e0 r\u00e9duire leurs in\u00e9galit\u00e9s au d\u00e9triment de leur libert\u00e9, car nous avons montr\u00e9 que libert\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 \u00e9taient antinomiques, et que l&rsquo;on ne pouvait accro\u00eetre l&rsquo;un sans diminuer l&rsquo;autre. <b>La question politique fondamentale que nous allons nous poser dans la suite est alors la suivante:<\/b>\u00a0 <b>\u00e0 quel(s) pouvoir(s) les hommes d\u00e9mocratiques consentent-ils donc finalement \u00e0 se soumettre, eux qui ne semblent plus tol\u00e9rer aucune forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9? <\/b>La r\u00e9ponse tient en trois points, que nous allons examiner successivement:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\" style=\"font-size: 17px;\">\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">ils se soumettent d&rsquo;abord \u00e0 <strong>l&rsquo;\u00c9tat<\/strong>, qu&rsquo;ils critiquent volontiers mais dont ils reconnaissent la n\u00e9cessit\u00e9, en ce qu&rsquo;il assure leur s\u00e9curit\u00e9, leur ordre, leur soin, leur \u00e9ducation, enfin presque toute leur vie citoyenne.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">ils se soumettent ensuite aux <strong>grandes entreprises<\/strong>, en ce qu&rsquo;elles assurent leur fourniture en diff\u00e9rents biens et services. Ce sont en fait, en quelque sorte, des \u00e9quivalents priv\u00e9s de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">ils se soumettent enfin \u00e0 <strong>eux-m\u00eames en tant que majorit\u00e9<\/strong>, aussi bien politiquement, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9lire leurs repr\u00e9sentants, qu&rsquo;id\u00e9ologiquement lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de penser, car il leur semble que les id\u00e9es adopt\u00e9es par la majorit\u00e9 de leurs concitoyens doivent \u00eatre n\u00e9cessairement bonnes, sans davantage de r\u00e9flexion.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Dans la suite, nous examinons ces trois formes de d\u00e9pendance auxquelles consentent les hommes contemporains, malgr\u00e9 leur haine naturelle pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. D&rsquo;une mani\u00e8re paradoxale, nous verrons qu&rsquo;<b>\u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes progresse et que tout autre in\u00e9galit\u00e9 diminue, ces trois formes sp\u00e9ciales d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 doivent s&rsquo;accro\u00eetre. <\/b>L&rsquo;id\u00e9e fondamentale de cet article est la suivante : <b>la d\u00e9mocratie gomme la plupart des in\u00e9galit\u00e9s entre les hommes mais en recr\u00e9e spontan\u00e9ment pour assurer son fonctionnement. <\/b>A l&rsquo;image du principe de conservation de l&rsquo;\u00e9nergie en physique, c&rsquo;est comme s&rsquo;il existait dans toute soci\u00e9t\u00e9 un principe de conservation de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. Ces nouvelles in\u00e9galit\u00e9s sont moins nombreuses mais plus concentr\u00e9es et beaucoup plus puissantes.\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Nous \u00e9voquerons en dernier la question des entreprises et du secteur priv\u00e9 car elle ne constitue pas le coeur de la pens\u00e9e de Tocqueville. Nous trouverons cependant quelques surprises. Tocqueville n&rsquo;est pas \u00e9conomiste et il n&rsquo;a connu ni la mondialisation ni l&rsquo;essor du capitalisme, cependant il arrive \u00e0 formuler certains \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;anticipations remarquablement percutants !<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1. Soumission \u00e0 l&rsquo;Etat. Comment la concentration des pouvoirs \u00e9merge de la d\u00e9mocratie<\/h3>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Paradoxalement, la marche de la d\u00e9mocratie doit conduire \u00e0 une centralisation toujours plus forte du pouvoir politique, et donc \u00e0 un \u00c9tat de plus en plus fort. En effet:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\" style=\"font-size: 17px;\">\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">les hommes aimant de plus en plus l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ils supportent de moins en moins les moindres diff\u00e9rences et privil\u00e8ges. Cela conduit \u00e0 un effacement des pouvoirs \u00ab\u00a0interm\u00e9diaires\u00a0\u00bb et, m\u00e9caniquement, \u00e0 une concentration de ces pouvoirs, jadis ind\u00e9pendants, dans les mains de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">les hommes \u00e9tant de plus en plus individualistes, et se souciant de moins en moins des affaires publiques, ils se reposent toujours plus sur l&rsquo;Etat auquel ils confient leur autonomie.\u00a0<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Nous reviendrons dans la\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\">partie 2<\/a>\u00a0sur l&rsquo;individualisme d\u00e9mocratique. Pour le moment, il nous suffit d&rsquo;admettre que, dans l&rsquo;ensemble, les individus ne s&rsquo;int\u00e9ressent que tr\u00e8s peu aux affaires politiques, et que cet aspect de la d\u00e9mocratie est amen\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accro\u00eetre avec le temps. Bref : un peuple \u00e0 la fois envieux<b>\u00a0<\/b>et mou, c&rsquo;est dans cette combinaison malsaine de sentiments que prosp\u00e8re le monopole politique de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Avec les contestations r\u00e9centes que nous avons connues en France (gilets jaunes, ou contestations contre la r\u00e9forme des retraites par exemple), on pourrait pourtant imaginer que l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 autant vilipend\u00e9. Il n&rsquo;est pas rare non plus d&rsquo;entendre que les Fran\u00e7ais ont la particularit\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0jamais contents\u00a0\u00bb. Comment expliquer ce fait en apparence contradictoire avec ce qui vient d&rsquo;\u00eatre dit sur la soumission \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat? C&rsquo;est qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de faire ici une distinction. Ce n&rsquo;est en fait pas l&rsquo;\u00c9tat qui est la cible des critiques. Certes, certaines mouvances anarchistes revendiquent la destruction de l&rsquo;Etat, mais cela constitue une infime minorit\u00e9 de la d\u00e9mocratie. Au contraire, la plupart des citoyens admettent son r\u00f4le indispensable, notamment lors des crises (exemple de la crise Covid). La plupart du temps, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00c9tat, mais plut\u00f4t son d\u00e9positaire qu&rsquo;ils m\u00e9sestiment<b>.<\/b>\u00a0Et c&rsquo;est bien diff\u00e9rent. La contestation n&rsquo;est donc que superficielle. Elle est m\u00eame assez st\u00e9rile et pu\u00e9rile: les hommes se font une joie de critiquer celui d&rsquo;entre eux qui doit les gouverner, mais ne remettent jamais en cause sa n\u00e9cessit\u00e9 institutionnelle. En effet, comment le pourraient-ils, eux qui en sont si d\u00e9pendants?<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><b>Quelle que soit l&rsquo;id\u00e9e que vous vous faites de l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00c9tat dans votre vie, cette id\u00e9e sous-estime tr\u00e8s probablement la r\u00e9alit\u00e9<\/b>. Vous avez pens\u00e9 sans doute aux domaines r\u00e9galiens classiques: l&rsquo;Etat g\u00e8re en grande partie l&rsquo;\u00e9ducation via ses \u00e9coles et ses universit\u00e9s, le soin via ses h\u00f4pitaux. Il assure la s\u00e9curit\u00e9 de tous, via sa police et sa gendarmerie, et il a la responsabilit\u00e9 de d\u00e9fendre sa population en cas de guerre, en mobilisant son arm\u00e9e. I<span style=\"letter-spacing: 0px;\">l coordonne la redistribution sociale via ses finances publiques, et assure(ra) votre retraite. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup.\u00a0<\/span><span style=\"letter-spacing: 0px;\">Mais il g\u00e8re encore votre approvisionnement en \u00e9lectricit\u00e9 (essentiellement en tout cas, via EDF). Il vous permet de prendre les transports en commun dans votre ville, et le train en France. Il finance une partie de l&rsquo;audiovisuel public, vous permettant d&rsquo;\u00e9couter France Inter (radio la plus \u00e9cout\u00e9e de France). Il est d&rsquo;ailleurs le garant du bon fonctionnement des t\u00e9l\u00e9communications sur le territoire (radio, t\u00e9l\u00e9phonie, t\u00e9l\u00e9vision). Il contribue, avec les d\u00e9put\u00e9s et les s\u00e9nateurs, \u00e0 faire \u00e9voluer les lois. Il assure \u00e9galement le respect de ces lois, puisqu&rsquo;il est le responsable de la justice &#8230; La liste est interminable. <\/span><b style=\"letter-spacing: 0px;\">La bonne question serait finalement de savoir ce que l&rsquo;\u00c9tat ne fait pas pour vous<\/b><span style=\"letter-spacing: 0px;\">.<\/span><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Quelques facteurs peuvent encore accro\u00eetre la concentration du pouvoir de l&rsquo;Etat:<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\" style=\"font-size: 17px;\">\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">l&rsquo;ignorance de la soci\u00e9t\u00e9, car l&rsquo;ignorance rend d\u00e9pendant<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">la guerre<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tout ce qui menace l&rsquo;ordre public (ex. guerre civile, pand\u00e9mie etc.) puisque cela contribue \u00e0 renforcer la d\u00e9pendance des citoyens<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">enfin, la personnalit\u00e9 d\u00e9mocratique du souverain.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ce dernier point peut sembler \u00e9trange \u00e0 premi\u00e8re vue. Mais comme nous l&rsquo;avons vu \u00e0 l&rsquo;instant, le chef de l&rsquo;\u00c9tat est souvent en lui-m\u00eame un frein \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat en ceci qu&rsquo;il est souvent critiqu\u00e9 par le peuple. Il doit donc chercher \u00e0 gommer le sentiment d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 qu&rsquo;il donne aux hommes qui le consid\u00e8rent. C&rsquo;est pourquoi Tocqueville affirme que le chef de l&rsquo;Etat aura d&rsquo;autant plus de pouvoir qu&rsquo;il se voudra \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb et qu&rsquo;il fera mine d&rsquo;aimer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size: 20px;\">\n<p style=\"font-size: 20px;\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques, la centralisation sera toujours d&rsquo;autant plus grande que le souverain sera moins aristocratique : voil\u00e0 la r\u00e8gle [&#8230;].<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">La premi\u00e8re, et en quelque sorte la seule condition n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 centraliser la puissance publique dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est d&rsquo;aimer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ou de le faire croire. <b>Ainsi, la science du despotisme, si compliqu\u00e9e jadis, se simplifie : elle se r\u00e9duit, pour ainsi dire, \u00e0 un principe unique<\/b>.<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie IV, Chapitre 4 : De quelques causes particuli\u00e8res et accidentelles qui ach\u00e8vent de porter un peuple d\u00e9mocratique \u00e0 centraliser le pouvoir ou qui l&rsquo;en d\u00e9tournent.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Autrement dit, <b>le peuple consent \u00e0 se soumettre \u00e0 un homme, si cet homme lui donne l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00eatre comme eux, et de rechercher l&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/b>. Il n&rsquo;y a pas meilleure d\u00e9finition de la d\u00e9magogie. On ne trouverait pas de meilleur mode d&#8217;emploi pour gouverner que ces quelques mots de Tocqueville.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:heading {\"level\":3} --><\/p>\n<h3>2. Soumission \u00e0 la majorit\u00e9<\/h3>\n<p><!-- \/wp:heading --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">C&rsquo;est souvent au pouvoir politique que l&rsquo;on associe les id\u00e9es de despotisme, de tyrannie ou d&rsquo;autoritarisme. C&rsquo;est oublier cependant que, dans une d\u00e9mocratie, c&rsquo;est la majorit\u00e9 qui choisit pour l&rsquo;ensemble du peuple son pouvoir politique. C&rsquo;est elle qui impose pour le reste des citoyens celui qui sera le chef de l&rsquo;\u00c9tat. Si 51% des \u00e9lecteurs votent pour le candidat A, les 49% autres \u00e9lecteurs ayant vot\u00e9 pour le candidat B doivent se soumettre aux premiers. Nous avons l&rsquo;habitude d&rsquo;accepter ce principe et de le juger comme \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, car il nous semble que la loi impos\u00e9e par le plus grand nombre est la plus juste, comme elle satisfait le plus de personnes.\u00a0 Cependant,<b>\u00a0la d\u00e9cision prise par le groupe le plus nombreux est-elle toujours la plus juste ou la plus b\u00e9n\u00e9fique pour l&rsquo;ensemble des citoyens?<\/b>\u00a0 Si un homme ou un \u00c9tat peut \u00eatre injuste, pourquoi en serait-il autrement d&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;hommes?\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Les statisticiens vous diront qu&rsquo;<em>en moyenne<\/em> (leur formule favorite), un nombre important d&rsquo;individus a peu de chance de se tromper, ou de prendre de mauvaises d\u00e9cisions pour la soci\u00e9t\u00e9. Du moins, il leur semble certain qu&rsquo;un nombre important d&rsquo;hommes a toujours moins de chance de se tromper qu&rsquo;un nombre r\u00e9duit de personnes. Permettez-moi de douter de cet argument. Voici au moins deux arguments qui vont \u00e0 l&rsquo;encontre de la l\u00e9gitimit\u00e9 statistique de la majorit\u00e9:<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:list --><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Premi\u00e8rement, les facteurs qui entra\u00eenent les d\u00e9cisions des individus ne sont presque jamais ind\u00e9pendants. Il est faux de consid\u00e9rer qu&rsquo;un grand nombre de personnes pense mieux qu&rsquo;un petit nombre, si tout le monde d\u00e9cide non pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sous une influence commune. Ainsi, peu importe qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 soit compos\u00e9e de 70 millions de citoyens, si tous ces citoyens sont influenc\u00e9s par une centaine de m\u00e9dias et d&rsquo;individus. L&rsquo;aspect d\u00e9mocratique r\u00e9side alors dans la diversit\u00e9 des centres d&rsquo;influence (m\u00e9dias, personnalit\u00e9s etc), et non plus dans la diversit\u00e9 des points de vue des citoyens.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Deuxi\u00e8mement, la puissance normative de la pens\u00e9e majoritaire est si grande, qu&rsquo;il est beaucoup plus simple de s&rsquo;y soumettre que de la remettre en cause. Ainsi, plus une id\u00e9e prend de l&rsquo;ampleur, plus elle a de chance de remporter l&rsquo;adh\u00e9sion, ind\u00e9pendamment de son caract\u00e8re juste ou injuste. <b>C&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb ou de conformisme<\/b>.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p><!-- \/wp:list --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Du fait de ces deux m\u00e9canismes, l&rsquo;approche statistique qui consid\u00e8re qu&rsquo;une majorit\u00e9 est plus intelligente qu&rsquo;une minorit\u00e9 est totalement invalid\u00e9e en d\u00e9mocratie. Pour qu&rsquo;elle soit valide, il faudrait que les hommes d\u00e9mocratiques raisonnent tous de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, or la structure m\u00eame de la diffusion de l&rsquo;information fait qu&rsquo;ils sont toujours influenc\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre par un nombre r\u00e9duit de m\u00e9dias, et d&rsquo;autre part, ils n&rsquo;ont pas toujours le courage intellectuel d&rsquo;adopter un point de vue qui n&rsquo;est pas \u00e0 la mode. Nous reviendrons dans la <a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\">partie 3<\/a> sur la question essentielle de la formation et de la diffusion des id\u00e9es en d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">A bien consid\u00e9rer les choses, on ne s&rsquo;\u00e9tonne pas beaucoup du concept formul\u00e9 par Tocqueville de \u00ab\u00a0tyrannie de la majorit\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0 \u00ab\u00a0Si la majorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 pense que&#8230; \u00a0\u00bb c&rsquo;est que ceux qui ne pensent pas pareil ont tort. Cela induit une forme de soumission aux id\u00e9es \u00ab\u00a0majoritaires\u00a0\u00bb, car on ne souhaite pas \u00eatre exclu. On a l\u00e0 une forme de despotisme certes plus doux, mais aussi plus puissant car il se veut universel.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">La soumission \u00e0 la majorit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la quantit\u00e9, peut aussi \u00eatre vu simplement comme l&rsquo;aversion \u00e0 la qualit\u00e9. Nous l&rsquo;avons dit, les hommes d\u00e9mocratiques ne supportent pas les in\u00e9galit\u00e9s. De ce fait, ils ont une tendance naturelle \u00e0 exclure le talent, et une affection toute particuli\u00e8re pour les modes. De l\u00e0 vient que le g\u00e9nie n&rsquo;a plus sa place en d\u00e9mocratie, tandis que le conformiste y est adul\u00e9. L&rsquo;aristocratie \u00e9tait l&rsquo;\u00e8re de la qualit\u00e9 ; la d\u00e9mocratie est l&rsquo;\u00e8re de la quantit\u00e9.<\/p>\n<p><!-- \/wp:quote --><\/p>\n<p><!-- wp:heading {\"level\":3} --><\/p>\n<h3>3. Soumission aux grandes entreprises. Comment l&rsquo;aristocratie \u00e9conomique \u00e9merge de la d\u00e9mocratie<\/h3>\n<p><!-- \/wp:heading --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Il est vrai que\u00a0<em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>\u00a0est un essai philosophique, politique et social, mais pas \u00e9conomique. Comme on l&rsquo;a vu, Tocqueville analyse la tyrannie de la majorit\u00e9 et la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;Etat dans une soci\u00e9t\u00e9 individualiste. On pourrait penser, \u00e0 juste titre, qu&rsquo;une partie du tableau manque dans l&rsquo;analyse de Tocqueville pour d\u00e9crire pleinement la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Celle-ci semble en fait davantage domin\u00e9e par les multinationales et par les organismes financiers que par l&rsquo;Etat. Et comment Tocqueville aurait-il pu d\u00e9crire tout cela, lui qui fut un homme du XIX\u00e8 si\u00e8cle? Pourtant, dans un court chapitre du Tome II, qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0Comment l&rsquo;aristocratie pourrait sortir de l&rsquo;industrie?\u00a0\u00bb il pr\u00e9voit avec une incroyable justesse l&rsquo;essor du capitalisme.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 17px;\">L&rsquo;id\u00e9e est la suivante. Les hommes d\u00e9mocratiques, dans leur qu\u00eate de l&rsquo;enrichissement, se tournent en majorit\u00e9 vers l&rsquo;industrie et le commerce, deux professions qui leur permettent de gagner de l&rsquo;argent rapidement. Or, les deux axiomes de la science industrielle qui sont d&rsquo;une part <b>la sp\u00e9cialisation<\/b> (quelqu&rsquo;un qui fait uniquement la m\u00eame t\u00e2che est plus efficace) et d&rsquo;autre part <b>l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;\u00e9chelle<\/b> (plus l&rsquo;industrie est grande, plus elle peut produire \u00e0 bas co\u00fbt), vont entra\u00eener une mutation \u00e9conomique irr\u00e9m\u00e9diable en cr\u00e9ant progressivement deux cat\u00e9gories de travailleurs : les ouvriers, exploit\u00e9s pour leur savoir-faire, et les cadres qui sont \u00e0 la manoeuvre g\u00e9n\u00e9rale des usines. Ce sont bien ces deux principes industriels qui provoquent cette \u00e9volution: si tous les hommes occupaient toutes les t\u00e2ches dans une entreprise, il n&rsquo;y aurait aucune diff\u00e9rence sociale entre eux. Et dans une entreprise \u00e0 taille humaine de 5 personnes, il n&rsquo;y a gu\u00e8re de s\u00e9gr\u00e9gation sociale entre les individus. Comme le souligne Tocqueville, la sp\u00e9cialisation est particuli\u00e8rement pernicieuse :<\/span><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:quote {\"fontSize\":\"medium\"} --><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Que doit-on attendre d&rsquo;un homme qui a employ\u00e9 vingt ans de sa vie \u00e0 faire des t\u00eates d&rsquo;\u00e9pingles ? et \u00e0 quoi peut d\u00e9sormais s&rsquo;appliquer chez lui cette puissante intelligence humaine, qui a souvent remu\u00e9 le monde, sinon \u00e0 rechercher le meilleur moyen de faire des t\u00eates d&rsquo;\u00e9pingles ! [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">C&rsquo;est en vain que les lois et les moeurs ont pris soin de briser autour de cet homme toutes les barri\u00e8res et de lui ouvrir de tous c\u00f4t\u00e9s mille chemins diff\u00e9rents vers la fortune : une th\u00e9orie industrielle plus puissante que les moeurs et les lois l&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 un m\u00e9tier, et souvent \u00e0 un lieu qu&rsquo;il ne peut quitter. Elle lui a assign\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 une certaine place dont il ne peut sortir. Au milieu du mouvement universel, elle l&rsquo;a rendu immobile.<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie II, Chapitre 20 : Comment l&rsquo;aristocratie pourrait sortir de l&rsquo;industrie?<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><!-- \/wp:quote --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ce chapitre de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville est extr\u00eamement important. Que nous dit-il? Que la d\u00e9mocratie n&rsquo;efface jamais compl\u00e8tement l&rsquo;aristocratie. Certes, l&rsquo;Etat demeure. Certes, la majorit\u00e9 gouverne id\u00e9ologiquement. Mais <b>de par la nature du syst\u00e8me d\u00e9mocratique, il doit subsister une troisi\u00e8me forme de pouvoir qui n&rsquo;est ni l&rsquo;\u00c9tat, ni la majorit\u00e9 : une aristocratie \u00e9conomique<\/b>. En effet, la d\u00e9mocratie pousse \u00e0 l&rsquo;individualisme, l&rsquo;individualisme m\u00e8ne au d\u00e9sir de richesse, le d\u00e9sir de richesse porte \u00e0 l&rsquo;industrie, et enfin l&rsquo;industrie doit recr\u00e9er une forme d&rsquo;aristocratie pour s&rsquo;\u00e9tablir.\u00a0 A une diff\u00e9rence pr\u00e8s, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, les services, la finance et la <i>tech<\/i> ont en partie remplac\u00e9 l&rsquo;industrie.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Cette nouvelle \u00e9lite, \u00e9conomique, est radicalement diff\u00e9rente des aristocraties anciennes compos\u00e9es d&rsquo;une classe d&rsquo;hommes nobles gouvernant et prot\u00e9geant leur peuple. Aujourd&rsquo;hui, les magnats de la finance et de la <i>tech<\/i> et leurs arm\u00e9es de cadres ne forment aucun corps, ne cherchent pas \u00e0 gouverner les hommes, mais simplement \u00e0 se servir d&rsquo;eux pour s&rsquo;enrichir. C&rsquo;est une aristocratie factice, uniquement mue par la froide qu\u00eate du gain. Elle ne poss\u00e8de aucune valeur, sinon sa valeur financi\u00e8re. Dans cette aristocratie, il n&rsquo;existe aucun lien entre les hommes, si ce n&rsquo;est celui du contrat form\u00e9 sur la base d&rsquo;int\u00e9r\u00eats r\u00e9ciproques \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Si cette aristocratie est sans doute moins dangereuse, moins brutale que celle que celle que nous avons quitt\u00e9e, elle est aussi plus cynique.<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Et Tocqueville de conclure :\u00a0<span style=\"color: #030303; font-family: 'Playfair Display'; font-size: 19px; letter-spacing: 0.5px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:quote --><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">C&rsquo;est de ce c\u00f4t\u00e9 que les amis de la d\u00e9mocratie doivent sans cesse tourner avec inqui\u00e9tude leurs regards ; car, si jamais l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 permanente des conditions et l&rsquo;aristocratie p\u00e9n\u00e8trent de nouveau dans le monde, on peut pr\u00e9dire qu&rsquo;elles y entreront par cette porte.\u00a0<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie II, Chapitre 20 : Comment l&rsquo;aristocratie pourrait sortir de l&rsquo;industrie?<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-size: 17px;\">La pr\u00e9diction de Tocqueville n&rsquo;est-elle pas r\u00e9alis\u00e9e?<\/span><\/p>\n<h3>Ces trois formes d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sont-elles souhaitables?<\/h3>\n<div>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Nous venons de le voir, les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques sont loin d&rsquo;\u00eatre tout \u00e0 fait libres. D\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, d\u00e9pendance \u00e0 la majorit\u00e9, d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite \u00e9conomique&#8230; il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas entre la d\u00e9mocratie et une certaine forme de despostisme. Certains r\u00eavent m\u00eame peut-\u00eatre d&rsquo;affermir ces trois formes de tyrannie. Il suffit d&rsquo;\u00e9couter leurs arguments: \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00c9tat sait mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0seule la majorit\u00e9 est l\u00e9gitime, telle est la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous d\u00e9pendons des grandes entreprises qui ont un savoir-faire unique, il est normal de les laisser gouverner de plus en plus les affaires publiques et la vie des citoyens\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0 \u00a0<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Mais Tocqueville nous met en garde<b>:<\/b> la forme de tyrannie qui r\u00e9sulterait de la d\u00e9mocratie n&rsquo;aurait rien \u00e0 voir avec la monarchie des si\u00e8cles pass\u00e9s. Parce que les valeurs morales communes (dispens\u00e9es par la religion) se sont perdues (nous y reviendrons dans la\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-4-4-quelle-place-pour-la-religion-dans-la-democratie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">derni\u00e8re partie<\/a>), parce que les corps aristocratiques qui faisaient contrepoids au pouvoir ont disparu, l&rsquo;ensemble des individus faibles et indistinguables serait particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable \u00e0 une dictature.\u00a0Les deux passages ci-dessous forment un bloc un peu long, mais leur lecture me semble n\u00e9cessaire car ils expliquent clairement la diff\u00e9rence de nature entre les monarchies pass\u00e9es et le despotisme d\u00e9mocratique.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">S&rsquo;il \u00e9tait vrai que les lois et les moeurs fussent insuffisantes au maintien des institutions d\u00e9mocratiques, quel autre refuge resterait-il aux nations, sinon le despotisme d&rsquo;un seul?<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Je sais que de nos jours il y a bien des gens honn\u00eates que cet avenir n&rsquo;effraie gu\u00e8re, et qui, fatigu\u00e9s de la libert\u00e9, aimeraient \u00e0 se reposer enfin loin de ses orages.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Mais ceux-l\u00e0 connaissent bien mal le port vers lequel ils se dirigent. Pr\u00e9occup\u00e9s de leurs souvenirs, ils jugent le pouvoir absolu par ce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 jadis, et non par ce qu&rsquo;il pourrait \u00eatre de nos jours.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><strong>Si le pouvoir absolu venait \u00e0 s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 nouveau chez les peuples d\u00e9mocratiques de l&rsquo;Europe, je ne doute pas qu&rsquo;il n&rsquo;y pris une forme nouvelle<\/strong>\u00a0et qu&rsquo;il ne s&rsquo;y montr\u00e2t sous des traits inconnus \u00e0 nos p\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Il fut un temps en Europe o\u00f9 la loi, ainsi que le consentement du peuple, avaient rev\u00eatu les rois d&rsquo;un pouvoir presque sans bornes. Mais il ne leur arrivait presque jamais de s&rsquo;en servir. Je ne parlerai point des pr\u00e9rogatives de la noblesse, de l&rsquo;autorit\u00e9 des cours souveraines, du droit des corporations, des privil\u00e8ges de province, qui, tout en amortissant les coups de l&rsquo;autorit\u00e9, maintenaient dans la nation un esprit de r\u00e9sistance. Ind\u00e9pendamment de ces institutions politiques, qui, souvent contraires \u00e0 la libert\u00e9 des particuliers, servaient cependant \u00e0 entretenir l&rsquo;amour de la libert\u00e9 dans les \u00e2mes, et dont, sous ce rapport, l&rsquo;utilit\u00e9 se con\u00e7oit sans peine, les opinions et les moeurs \u00e9levaient autour du pouvoir royal des barri\u00e8res moins connues, mais non moins puissantes.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">La religion, l&rsquo;amour des sujets, la bont\u00e9 du prince, l&rsquo;honneur, l&rsquo;esprit de famille, les pr\u00e9jug\u00e9s de province, la coutume et l&rsquo;opinion publique, bornaient le pouvoir des rois, et enfermaient dans un cercle invisible leur autorit\u00e9. Alors\u00a0la constitution des peuples \u00e9tait despotique, et leurs moeurs libres. Les princes avaient le droit mais non la facult\u00e9 ni le d\u00e9sir de tout faire.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Des barri\u00e8res qui arr\u00eataient jadis la tyrannie, que nous reste-t-il aujourd&rsquo;hui?<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">La religion ayant perdu son empire sur les \u00e2mes,\u00a0la borne la plus visible qui divisait le bien et le mal se trouve renvers\u00e9e;\u00a0tout semble douteux et incertain dans le monde moral; les rois et les peuples y marchent au hasard, et nul ne saurait dire o\u00f9 sont les limites naturelles du despotisme et les bornes de la licence.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">De longues r\u00e9volutions ont pour jamais d\u00e9truit le respect qui environnait les chefs de l&rsquo;Etat. D\u00e9charg\u00e9s du poids de l&rsquo;estime publique, les princes peuvent d\u00e9sormais se livrer sans crainte \u00e0 l&rsquo;enivrement du pouvoir. Quand les rois voient le coeur des peuples qui vient au-devant d&rsquo;eux, ils sont cl\u00e9ments, parce qu&rsquo;ils se sentent forts; et ils m\u00e9nagent l&rsquo;amour de leurs sujets, parce que l&rsquo;amour des sujets est l&rsquo;appui du tr\u00f4ne. Il s&rsquo;\u00e9tablit alors entre le prince et le peuple un \u00e9change de sentiments dont la douceur rappelle au sein de la soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;int\u00e9rieur de la famille. Les sujets, tout en murmurant contre le souverain, s&rsquo;affligent encore de lui d\u00e9plaire, et le souverain frappe ses sujets d&rsquo;une main l\u00e9g\u00e8re, ainsi qu&rsquo;un p\u00e8re ch\u00e2tie ses enfants.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Mais quand une fois le prestige de la royaut\u00e9 s&rsquo;est \u00e9vanoui au milieu du tumulte de r\u00e9volutions; lorsque les rois, se succ\u00e9dant sur le tr\u00f4ne, y ont tour \u00e0 tour expos\u00e9 au regard des peuples la faiblesse du droit et la duret\u00e9 du fait, personne ne voit plus dans le souverain le p\u00e8re de l&rsquo;Etat, et chacun y aper\u00e7oit un ma\u00eetre. S&rsquo;il est faible, on le m\u00e9prise; on le hait s&rsquo;il est fort. Lui-m\u00eame est plein de col\u00e8re et de crainte; il se voit ainsi qu&rsquo;un \u00e9tranger dans son pays, et il traite ses sujets en vaincus.[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Pendant que la noblesse jouissait de son pouvoir, et longtemps encore apr\u00e8s qu&rsquo;elle l&rsquo;eut perdu, l&rsquo;honneur aristocratique donnait une force extraordinaire aux r\u00e9sistances individuelles. On voyait alors des hommes qui, malgr\u00e9 leur impuissance, entretenaient encore une haute id\u00e9e de leur valeur individuelle, et osaient r\u00e9sister isol\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;effort de la puissance publique.\u00a0Mais de nos jours, o\u00f9 toutes les classes ach\u00e8vent de se confondre, o\u00f9 l&rsquo;individu dispara\u00eet de plus en plus dans la foule et se perd ais\u00e9ment au milieu de l&rsquo;obscurit\u00e9 commune\u00a0; aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;honneur monarchique ayant presque perdu son empire sans \u00eatre remplac\u00e9 par la vertu, rien ne soutient plus l&rsquo;homme au-dessus de lui-m\u00eame,\u00a0qui peut dire o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eateraient les exigences du pouvoir et les complaisances de la faiblesse?<\/p>\n<p><cite>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome I, Partie II, Chapitre 9 : Des causes principales qui tendent \u00e0 maintenir la r\u00e9publique d\u00e9mocratique aux Etats-Unis.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><b>Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde ; je vois une foule innombrable d&rsquo;hommes semblables et \u00e9gaux qui tournent sans repos sur eux-m\u00eames pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur \u00e2me<\/b>. Chacun d&rsquo;eux, retir\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, est comme \u00e9tranger \u00e0 la destin\u00e9e de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l&rsquo;esp\u00e8ce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point; il n&rsquo;existe qu&rsquo;en lui-m\u00eame et pour lui seul, et, s&rsquo;il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu&rsquo;il n&rsquo;a plus de patrie.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\"><b>Au-dessus de ceux-l\u00e0 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve un pouvoir immense et tut\u00e9laire, qui se charge seul d&rsquo;assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort<\/b>. Il est absolu, d\u00e9taill\u00e9, r\u00e9gulier, pr\u00e9voyant et doux. Il ressemblerait \u00e0 la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de pr\u00e9parer les hommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu&rsquo;\u00e0 les fixer irr\u00e9vocablement dans l&rsquo;enfance ; il aime que les citoyens se r\u00e9jouissent, pourvu qu&rsquo;ils ne songent qu&rsquo;\u00e0 se r\u00e9jouir. Il travaille volontiers \u00e0 leur bonheur ; mais il veut en \u00eatre l&rsquo;unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit \u00e0 leur s\u00e9curit\u00e9, pr\u00e9voit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, r\u00e8gle leurs successions, divise leurs h\u00e9ritages : que ne peut-il leur \u00f4ter enti\u00e8rement le trouble de penser et la peine de vivre?<\/p>\n<p><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, Tocqueville, Tome II, Partie IV, Chapitre 6: Quel esp\u00e8ce de despotisme les nations d\u00e9mocratiques ont-elles \u00e0 craindre?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><!-- \/wp:quote --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Ces passages sont suffisamment clairs et ne requi\u00e8rent pas plus d&rsquo;explication. Ce qu&rsquo;il faut retenir, c&rsquo;est que les moeurs d\u00e9mocratiques qui sont profond\u00e9ment individualistes n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec les moeurs d&rsquo;antan. Et que par cons\u00e9quent, un despotisme d\u00e9mocratique fond\u00e9 sur l&rsquo;\u00c9tat, les grandes entreprises et la majorit\u00e9 pourrait \u00eatre particuli\u00e8rement nuisible \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Un dernier mot avant de conclure : la facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9lire tous les 5 ans le chef de l&rsquo;Etat donne l&rsquo;illusion aux hommes de rester souverains. En r\u00e9alit\u00e9, eux qui portent si peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat aux affaires publiques, et qui perdent leur autonomie sur \u00e0 peu pr\u00e8s tous les plans de leur vie quotidienne, comment pourraient-ils d\u00e9cider judicieusement de celui qui est le plus apte \u00e0 diriger les affaires du pays?<\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\"><span style=\"color: #030303; font-family: 'Playfair Display'; font-size: 30px; letter-spacing: 0px;\">Conclusion : quelle solution pour lutter contre ces nouveaux despotismes ?<\/span><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Pour autant, il ne s&rsquo;agit pas pour Tocqueville de renier la d\u00e9mocratie, dont la marche est inarr\u00eatable, et de promouvoir de vieilles institutions aristocratiques dont plus personne ne veut. Il le dit lui-m\u00eame tr\u00e8s clairement:<\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:quote {\"fontSize\":\"medium\"} --><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Je suis convaincu, d&rsquo;autre part, que <b>tous ceux qui, dans les si\u00e8cles o\u00f9 nous entrons, essayeront d&rsquo;appuyer l&rsquo;autorit\u00e9 sur le privil\u00e8ge et l&rsquo;aristocratie, \u00e9choueront<\/b>. Tous ceux qui voudront attirer et retenir l&rsquo;autorit\u00e9 dans le sein d&rsquo;une seule classe \u00e9choueront [&#8230;]. Il faut donc que tous ceux de nos contemporains qui veulent cr\u00e9er ou assurer l&rsquo;ind\u00e9pendance et la dignit\u00e9 de leurs semblables se montrent amis de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ; et le seul moyen digne de se montrer tels, c&rsquo;est de l&rsquo;\u00eatre ; le succ\u00e8s de leur sainte entreprise en d\u00e9pend.<\/p>\n<p style=\"font-size: 20px;\">Ainsi, <b>il ne s&rsquo;agit point de reconstruire une soci\u00e9t\u00e9 aristocratique, mais de faire sortir la libert\u00e9 du sein de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique<\/b> [&#8230;].<\/p>\n<p><cite><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>, <span style=\"font-style: normal;\">Tocqueville, Tome II, Partie IV, Chapitre 7: Suite des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents.<\/span><\/cite><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><!-- \/wp:quote --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph {\"style\":{\"typography\":{\"fontSize\":\"17px\"}}} --><\/p>\n<p style=\"font-size: 17px;\">Tout le d\u00e9fi est alors l\u00e0: <b>faire sortir la libert\u00e9 de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique<\/b>. Apr\u00e8s tous les vices de la d\u00e9mocratie que nous a expos\u00e9s Tocqueville, cela ne nous semble pas une affaire si simple. Mais Tocqueville pouvait-il conclure autrement son ouvrage? Il se rend compte que la marche de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est implacable, et que tout souhait de \u00ab\u00a0rembobiner\u00a0\u00bb le film n&rsquo;a aucune chance de r\u00e9ussir tant l&rsquo;amour des citoyens pour leur individualisme est fort. La seule esp\u00e9rance qui demeure est d&rsquo;aligner leur individualisme sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous, et de les r\u00e9int\u00e9resser \u00e0 la chose publique. C&rsquo;est ce que nous allons voir dans notre\u00a0<a style=\"font-family: Roboto, sans-serif; background-color: #ffffff; letter-spacing: 0px;\" href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">deuxi\u00e8me partie.<\/a><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-d33c61c elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"d33c61c\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-ff47bda\" data-id=\"ff47bda\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-33757a3 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"33757a3\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p style=\"text-align: left;\"><strong>Index<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-introduction\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville : introduction<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a style=\"background-color: #ffffff; font-family: 'Open Sans'; letter-spacing: 0px;\" href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 1: l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-2-4-le-plus-grand-danger-de-notre-democratie-est-le-desinteressement\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 2 : le plus grand vice de la d\u00e9mocratie est l&rsquo;individualisme<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/liberte-dexpression-et-circulation-des-idees-dans-une-democratie-numerique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 3 : formation et diffusion des id\u00e9es dans une d\u00e9mocratie num\u00e9rique<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-4-4-quelle-place-pour-la-religion-dans-la-democratie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville 4 : quelle place pour la religion en d\u00e9mocratie ?<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-synthese-et-perspectives\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tocqueville : Synth\u00e8se, les trois piliers de la sauvegarde de la d\u00e9mocratie<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Dans cette premi\u00e8re partie, nous nous int\u00e9ressons au rapport entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 en politique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en d\u00e9mocratie. Nous verrons que ces deux id\u00e9aux sont antinomiques dans la pratique, et que les hommes d\u00e9mocratiques ont choisi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9. Ce choix doit les conduire \u00e0 d\u00e9truire toute forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre eux, pour se soumettre \u00e0 trois formes d&rsquo;autorit\u00e9 que nous examinerons \u00e0 la fin de cet article. En fait, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en politique pourrait se r\u00e9sumer dans les deux lignes suivantes de Tocqueville: Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n&rsquo;en donner \u00e0 personne. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 la finesse de la limite entre \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique et despotisme. Tocqueville ajoute: D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, quand les citoyens sont tous \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gaux, il leur devient difficile de d\u00e9fendre leur ind\u00e9pendance contre les agressions du pouvoir. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tant alors assez fort pour lutter seul avec avantage, il n&rsquo;y a que la combinaison des forces de tous qui puisse garantir la libert\u00e9. Or, une pareille combinaison ne se rencontre pas toujours. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui se dessine ici au d\u00e9but de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville, et ce qui r\u00e9appara\u00eet tout au long des deux tomes, est l&rsquo;id\u00e9e suivante: la fin de l&rsquo;aristocratie signe la dissolution des corps interm\u00e9diaires qui formaient un contre-pouvoir \u00e0 la puissance politique. Le gouvernement, dont le peuple ne peut souffrir l&rsquo;absence, se retrouve seul et plus puissant devant une masse de citoyens, certes d\u00e9sormais \u00e9gaux, mais \u00e9galement plus faibles. La suppression des privil\u00e8ges conduit \u00e0 la concentration des pouvoirs dans les mains de l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte, c&rsquo;est la disparition de la libert\u00e9 La libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont fondamentalement antinomiques. Pour une simple affaire de logique : si les hommes sont tous \u00e9gaux, il ne peuvent pas \u00eatre libres. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est une contrainte. Si \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9cidait que tout le monde devait s&rsquo;habiller en bleu avec des chaussures rouges, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les autres, mais vous ne seriez certainement pas libre. Si on vous disait que tous les citoyens de votre pays devaient travailler dans la m\u00eame entreprise, avoir le m\u00eame salaire et faire la m\u00eame chose, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9, mais toujours pas libre. Dans ces diff\u00e9rents exemples, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est impos\u00e9e par un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui d\u00e9tient le pouvoir, parce que de telles contraintes ne pourraient \u00eatre respect\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 libre. Toute \u00e9galit\u00e9 entre les hommes conduit \u00e0 les \u00ab\u00a0uniformiser\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 supprimer une part de leur libert\u00e9. Revenons donc un instant \u00e0 ce que nous devons comprendre par \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie. Il semble que cette id\u00e9e doit \u00eatre plus \u00e9labor\u00e9e qu&rsquo;une absence totale de diff\u00e9rences entre les individus. Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, Article Ier. Dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb Les deux derniers mots de cette phrase sont fondamentaux.\u00a0Ce que l&rsquo;on entend par \u00e9galit\u00e9, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte entre les hommes, c&rsquo;est plut\u00f4t le fait d&rsquo;avoir des droits \u00e9gaux.\u00a0Il n&rsquo;est nulle part \u00e9crit que les hommes doivent \u00eatre identiques, car l\u00e0 serait la dictature. Il n&rsquo;est pas non plus dit que les hommes ne doivent pas \u00eatre in\u00e9gaux, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Au contraire, la deuxi\u00e8me phrase de cet article Ier, qui est d&rsquo;ailleurs souvent oubli\u00e9e, \u00e9nonce : \u00ab\u00a0Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb. Autant dire que cette phrase laisse un boulevard \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, puisque le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb est extr\u00eamement vague.\u00a0 Rappelez-vous donc bien de la formulation exacte de cet Article Ier. Vous entendrez souvent des personnes l&rsquo;invoquer \u00e0 tort au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, alors qu&rsquo;il promeut au contraire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, et autorise m\u00eame l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. Et cette \u00e9galit\u00e9 en droits \u00e9nonc\u00e9e dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen est-elle finalement autre chose que la libert\u00e9 (d&rsquo;exercer ces droits)? Le glissement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits (i.e la libert\u00e9) telle que formul\u00e9e dans la DDHC de 1789 vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pure et dure des citoyens \u00e9voqu\u00e9e plus haut est assez dangereuse. Comme nous l&rsquo;avons vu, ces deux \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont en fait totalement antinomiques, puisque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits est une condition de la libert\u00e9, tandis que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de fait est une contrainte \u00e0 la libert\u00e9. Avant de continuer, faisons un petit d\u00e9tour sp\u00e9culatif. Pourrait-on r\u00eaver d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de fait (et non de droits) disparaissent totalement? Cela n&rsquo;impliquerait pas forc\u00e9ment que tous les hommes soient identiques car, a priori, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas la diff\u00e9rence. On pourrait donc imaginer une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes diff\u00e9rents, mais \u00e9gaux. Une telle soci\u00e9t\u00e9 pourrait-elle r\u00e9ellement exister et se maintenir? C&rsquo;est fort peu probable. En effet, on n&rsquo;a pas \u00e0 regarder bien loin pour s&rsquo;apercevoir que les diff\u00e9rences naturelles entre les hommes engendrent des in\u00e9galit\u00e9s\u00a0naturelles entre eux : l&rsquo;intelligence, la d\u00e9termination, la beaut\u00e9, le charisme&#8230; sont autant de qualit\u00e9s qui font la r\u00e9ussite des hommes ou leur \u00e9chec dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on leur donne la libert\u00e9 d&rsquo;exprimer ces qualit\u00e9s. Le renversement de la monarchie et de l&rsquo;aristocratie voit certes dispara\u00eetre l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, mais laisse place \u00e0 une forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 tout aussi arbitraire, dans laquelle les hommes libres (car \u00e9gaux en droits) se distinguent naturellement par leurs talents respectifs. En supposant que cela soit vraiment souhaitable, la seule mani\u00e8re de gommer cette in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes serait de supprimer leur libert\u00e9. Ce serait, par exemple, d&#8217;emp\u00eacher la personne intelligente et d\u00e9termin\u00e9e de r\u00e9ussir mieux que les autres dans telle entreprise. On ne parle m\u00eame pas ici d&rsquo;argent, seulement de r\u00e9ussite. Ce serait aussi emp\u00eacher tel brillant orateur de devenir un avocat renomm\u00e9. Ou telle personne resplendissante de beaut\u00e9 et de charisme d&rsquo;\u00eatre une star hollywoodienne. Dit autrement, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes suppose la disparition de leur libert\u00e9. En effet, l&rsquo;exercice libre de leurs diff\u00e9rences naturelles m\u00e8ne \u00e0 leur in\u00e9galit\u00e9.\u00a0 Les hommes d\u00e9mocratiques pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 La libert\u00e9 (avoir les m\u00eames droits) et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (\u00eatre comme tous les autres) sont donc deux id\u00e9es fondamentalement antinomiques. Les hommes ont-ils une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces deux id\u00e9aux: leur libert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ou la suppression de leurs in\u00e9galit\u00e9s de l&rsquo;autre? Une position raisonnable serait sans doute de penser qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 juste \u00e9tablirait un certain \u00e9quilibre entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;est pas le far west avec sa loi du plus fort, mais qui n&rsquo;est pas non plus totalitaire, en niant aux individus le droit d&rsquo;exercer leur talent de mani\u00e8re libre (soit une soci\u00e9t\u00e9 qui conserve quelques in\u00e9galit\u00e9s). Mais Tocqueville, en fin sociologue, balaie d&rsquo;un revers de main cette hypoth\u00e8se: entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9, les hommes ont d\u00e9j\u00e0 fait leur choix, et celui-ci est sans appel. Il y a en effet une passion m\u00e2le et l\u00e9gitime pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui excite les hommes \u00e0 vouloir \u00eatre tous forts et estim\u00e9s. Cette passion tend \u00e0 \u00e9lever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un go\u00fbt d\u00e9prav\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, qui porte les faibles \u00e0 vouloir attirer les forts \u00e0 leur niveau, et qui r\u00e9duit les hommes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la servitude \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que les peuples dont l&rsquo;\u00e9tat social est d\u00e9mocratique m\u00e9prisent naturellement la libert\u00e9; ils ont au contraire un go\u00fbt instinctif pour elle. Mais la libert\u00e9 n&rsquo;est pas l&rsquo;objet principal et continu de leur d\u00e9sir ; ce qu&rsquo;ils aiment d&rsquo;un amour \u00e9ternel, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9; ils s&rsquo;\u00e9lancent vers la libert\u00e9 par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s&rsquo;ils manquent le but, ils se r\u00e9signent ; mais rien ne saurait les satisfaire sans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et ils consentiraient plut\u00f4t \u00e0 p\u00e9rir qu&rsquo;\u00e0 la perdre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t cette aversion pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 a un nom tr\u00e8s simple: c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;envie ou le ressentiment. L&rsquo;envie est une tendance dominante des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques pour Tocqueville. Celle-ci est une cons\u00e9quence de l&rsquo;individualisme (que nous analyserons plus en d\u00e9tail dans la\u00a0partie 2), mais c&rsquo;est \u00e9galement un effet de la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions. En effet, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit entre les hommes, leurs in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9siduelles leur devient de plus en plus insupportable et leur envie de tout ce qui est meilleur qu&rsquo;eux s&rsquo;accroit. On hait d&rsquo;autant plus l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que celle-ci se rar\u00e9fie et devient mesurable. Plus qu&rsquo;un choix, la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions appara\u00eet chez Tocqueville comme un fait quasi-providentiel. Lorsqu&rsquo;on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands \u00e9v\u00e9nements qui depuis sept cents ans n&rsquo;aient tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les croisades et les guerres des Anglais d\u00e9ciment les nobles et divisent leurs terres ; l&rsquo;institution des communes introduit la libert\u00e9 d\u00e9mocratique au sein de la monarchie f\u00e9odale ; la d\u00e9couverte des armes \u00e0 feu \u00e9galise le vilain et le noble sur le champ de bataille ; l&rsquo;imprimerie offre d&rsquo;\u00e9gales ressources \u00e0 leur intelligence ; la poste vient d\u00e9poser la lumi\u00e8re sur le seuil de la cabane du pauvre comme \u00e0 la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont \u00e9galement en \u00e9tat de trouver le chemin du ciel [&#8230;]. D\u00e8s que les citoyens commenc\u00e8rent \u00e0 poss\u00e9der la terre autrement que suivant la tenure f\u00e9odale, et que la richesse mobili\u00e8re, \u00e9tant connue,\u00a0 put \u00e0 son tour cr\u00e9er l&rsquo;influence et donner le pouvoir, on ne fit point de d\u00e9couvertes dans les arts, on n&rsquo;introduisit plus de perfectionnements dans le commerce et dans l&rsquo;industrie, sans cr\u00e9er comme autant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. A partir de ce moment, tous les proc\u00e9d\u00e9s qui se d\u00e9couvrent, tous les besoins qui viennent \u00e0 na\u00eetre, tous les d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 se satisfaire, sont des progr\u00e8s vers le nivellement universel.\u00a0 Le go\u00fbt du luxe, l&rsquo;amour de la guerre, l&#8217;empire de la mode, les passions les plus superficielles du coeur humain comme les plus profondes, semblent travailler de concert \u00e0 appauvrir les riches et \u00e0 enrichir les pauvres. Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la d\u00e9mocratie ; tous les hommes l&rsquo;ont aid\u00e9e de leurs efforts ; ceux qui avaient en vue de concourir \u00e0 ses succ\u00e8s et ceux qui ne songeaient point \u00e0 la servir ; ceux qui ont combattu pour elle, et ceux-m\u00eames qui se sont d\u00e9clar\u00e9s ses ennemis ; tous ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans la m\u00eame voie, et tous ont travaill\u00e9 en commun, les uns malgr\u00e9 eux, les autres \u00e0 leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu. Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caract\u00e8res : il est universel, il est durable, il \u00e9chappe chaque jour \u00e0 la puissance humaine; tous les \u00e9v\u00e9nements, comme tous les hommes, servent \u00e0 son d\u00e9veloppement. Serait-il sage de croire qu&rsquo;un mouvement social qui vient de si loin pourra \u00eatre suspendu par les efforts d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ? Pense-t-on qu&rsquo;apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la d\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S&rsquo;arr\u00eatera-t-elle maintenant qu&rsquo;elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles? O\u00f9 allons nous donc? Nul ne saurait le dire [&#8230;]. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Introduction. Lorsqu&rsquo;on lit ce passage, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser par exemple aux smartphones ou \u00e0 Netflix, que chacun ou presque d&rsquo;entre nous utilise, quelle que soit sa condition ou son milieu. On ne peut nier que la d\u00e9mocratie et les progr\u00e8s techniques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e ont&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1454,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-130","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.6 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Tocqueville 1\/4 : L&#039;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Tocqueville 1\/4 : L&#039;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; Dans cette premi\u00e8re partie, nous nous int\u00e9ressons au rapport entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 en politique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en d\u00e9mocratie. Nous verrons que ces deux id\u00e9aux sont antinomiques dans la pratique, et que les hommes d\u00e9mocratiques ont choisi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9. Ce choix doit les conduire \u00e0 d\u00e9truire toute forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre eux, pour se soumettre \u00e0 trois formes d&rsquo;autorit\u00e9 que nous examinerons \u00e0 la fin de cet article. En fait, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en politique pourrait se r\u00e9sumer dans les deux lignes suivantes de Tocqueville: Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n&rsquo;en donner \u00e0 personne. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 la finesse de la limite entre \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique et despotisme. Tocqueville ajoute: D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, quand les citoyens sont tous \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gaux, il leur devient difficile de d\u00e9fendre leur ind\u00e9pendance contre les agressions du pouvoir. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tant alors assez fort pour lutter seul avec avantage, il n&rsquo;y a que la combinaison des forces de tous qui puisse garantir la libert\u00e9. Or, une pareille combinaison ne se rencontre pas toujours. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui se dessine ici au d\u00e9but de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville, et ce qui r\u00e9appara\u00eet tout au long des deux tomes, est l&rsquo;id\u00e9e suivante: la fin de l&rsquo;aristocratie signe la dissolution des corps interm\u00e9diaires qui formaient un contre-pouvoir \u00e0 la puissance politique. Le gouvernement, dont le peuple ne peut souffrir l&rsquo;absence, se retrouve seul et plus puissant devant une masse de citoyens, certes d\u00e9sormais \u00e9gaux, mais \u00e9galement plus faibles. La suppression des privil\u00e8ges conduit \u00e0 la concentration des pouvoirs dans les mains de l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte, c&rsquo;est la disparition de la libert\u00e9 La libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont fondamentalement antinomiques. Pour une simple affaire de logique : si les hommes sont tous \u00e9gaux, il ne peuvent pas \u00eatre libres. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est une contrainte. Si \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9cidait que tout le monde devait s&rsquo;habiller en bleu avec des chaussures rouges, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les autres, mais vous ne seriez certainement pas libre. Si on vous disait que tous les citoyens de votre pays devaient travailler dans la m\u00eame entreprise, avoir le m\u00eame salaire et faire la m\u00eame chose, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9, mais toujours pas libre. Dans ces diff\u00e9rents exemples, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est impos\u00e9e par un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui d\u00e9tient le pouvoir, parce que de telles contraintes ne pourraient \u00eatre respect\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 libre. Toute \u00e9galit\u00e9 entre les hommes conduit \u00e0 les \u00ab\u00a0uniformiser\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 supprimer une part de leur libert\u00e9. Revenons donc un instant \u00e0 ce que nous devons comprendre par \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie. Il semble que cette id\u00e9e doit \u00eatre plus \u00e9labor\u00e9e qu&rsquo;une absence totale de diff\u00e9rences entre les individus. Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, Article Ier. Dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb Les deux derniers mots de cette phrase sont fondamentaux.\u00a0Ce que l&rsquo;on entend par \u00e9galit\u00e9, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte entre les hommes, c&rsquo;est plut\u00f4t le fait d&rsquo;avoir des droits \u00e9gaux.\u00a0Il n&rsquo;est nulle part \u00e9crit que les hommes doivent \u00eatre identiques, car l\u00e0 serait la dictature. Il n&rsquo;est pas non plus dit que les hommes ne doivent pas \u00eatre in\u00e9gaux, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Au contraire, la deuxi\u00e8me phrase de cet article Ier, qui est d&rsquo;ailleurs souvent oubli\u00e9e, \u00e9nonce : \u00ab\u00a0Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb. Autant dire que cette phrase laisse un boulevard \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, puisque le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb est extr\u00eamement vague.\u00a0 Rappelez-vous donc bien de la formulation exacte de cet Article Ier. Vous entendrez souvent des personnes l&rsquo;invoquer \u00e0 tort au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, alors qu&rsquo;il promeut au contraire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, et autorise m\u00eame l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. Et cette \u00e9galit\u00e9 en droits \u00e9nonc\u00e9e dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen est-elle finalement autre chose que la libert\u00e9 (d&rsquo;exercer ces droits)? Le glissement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits (i.e la libert\u00e9) telle que formul\u00e9e dans la DDHC de 1789 vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pure et dure des citoyens \u00e9voqu\u00e9e plus haut est assez dangereuse. Comme nous l&rsquo;avons vu, ces deux \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont en fait totalement antinomiques, puisque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits est une condition de la libert\u00e9, tandis que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de fait est une contrainte \u00e0 la libert\u00e9. Avant de continuer, faisons un petit d\u00e9tour sp\u00e9culatif. Pourrait-on r\u00eaver d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de fait (et non de droits) disparaissent totalement? Cela n&rsquo;impliquerait pas forc\u00e9ment que tous les hommes soient identiques car, a priori, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas la diff\u00e9rence. On pourrait donc imaginer une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes diff\u00e9rents, mais \u00e9gaux. Une telle soci\u00e9t\u00e9 pourrait-elle r\u00e9ellement exister et se maintenir? C&rsquo;est fort peu probable. En effet, on n&rsquo;a pas \u00e0 regarder bien loin pour s&rsquo;apercevoir que les diff\u00e9rences naturelles entre les hommes engendrent des in\u00e9galit\u00e9s\u00a0naturelles entre eux : l&rsquo;intelligence, la d\u00e9termination, la beaut\u00e9, le charisme&#8230; sont autant de qualit\u00e9s qui font la r\u00e9ussite des hommes ou leur \u00e9chec dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on leur donne la libert\u00e9 d&rsquo;exprimer ces qualit\u00e9s. Le renversement de la monarchie et de l&rsquo;aristocratie voit certes dispara\u00eetre l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, mais laisse place \u00e0 une forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 tout aussi arbitraire, dans laquelle les hommes libres (car \u00e9gaux en droits) se distinguent naturellement par leurs talents respectifs. En supposant que cela soit vraiment souhaitable, la seule mani\u00e8re de gommer cette in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes serait de supprimer leur libert\u00e9. Ce serait, par exemple, d&#8217;emp\u00eacher la personne intelligente et d\u00e9termin\u00e9e de r\u00e9ussir mieux que les autres dans telle entreprise. On ne parle m\u00eame pas ici d&rsquo;argent, seulement de r\u00e9ussite. Ce serait aussi emp\u00eacher tel brillant orateur de devenir un avocat renomm\u00e9. Ou telle personne resplendissante de beaut\u00e9 et de charisme d&rsquo;\u00eatre une star hollywoodienne. Dit autrement, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes suppose la disparition de leur libert\u00e9. En effet, l&rsquo;exercice libre de leurs diff\u00e9rences naturelles m\u00e8ne \u00e0 leur in\u00e9galit\u00e9.\u00a0 Les hommes d\u00e9mocratiques pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 La libert\u00e9 (avoir les m\u00eames droits) et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (\u00eatre comme tous les autres) sont donc deux id\u00e9es fondamentalement antinomiques. Les hommes ont-ils une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces deux id\u00e9aux: leur libert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ou la suppression de leurs in\u00e9galit\u00e9s de l&rsquo;autre? Une position raisonnable serait sans doute de penser qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 juste \u00e9tablirait un certain \u00e9quilibre entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;est pas le far west avec sa loi du plus fort, mais qui n&rsquo;est pas non plus totalitaire, en niant aux individus le droit d&rsquo;exercer leur talent de mani\u00e8re libre (soit une soci\u00e9t\u00e9 qui conserve quelques in\u00e9galit\u00e9s). Mais Tocqueville, en fin sociologue, balaie d&rsquo;un revers de main cette hypoth\u00e8se: entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9, les hommes ont d\u00e9j\u00e0 fait leur choix, et celui-ci est sans appel. Il y a en effet une passion m\u00e2le et l\u00e9gitime pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui excite les hommes \u00e0 vouloir \u00eatre tous forts et estim\u00e9s. Cette passion tend \u00e0 \u00e9lever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un go\u00fbt d\u00e9prav\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, qui porte les faibles \u00e0 vouloir attirer les forts \u00e0 leur niveau, et qui r\u00e9duit les hommes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la servitude \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que les peuples dont l&rsquo;\u00e9tat social est d\u00e9mocratique m\u00e9prisent naturellement la libert\u00e9; ils ont au contraire un go\u00fbt instinctif pour elle. Mais la libert\u00e9 n&rsquo;est pas l&rsquo;objet principal et continu de leur d\u00e9sir ; ce qu&rsquo;ils aiment d&rsquo;un amour \u00e9ternel, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9; ils s&rsquo;\u00e9lancent vers la libert\u00e9 par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s&rsquo;ils manquent le but, ils se r\u00e9signent ; mais rien ne saurait les satisfaire sans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et ils consentiraient plut\u00f4t \u00e0 p\u00e9rir qu&rsquo;\u00e0 la perdre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t cette aversion pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 a un nom tr\u00e8s simple: c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;envie ou le ressentiment. L&rsquo;envie est une tendance dominante des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques pour Tocqueville. Celle-ci est une cons\u00e9quence de l&rsquo;individualisme (que nous analyserons plus en d\u00e9tail dans la\u00a0partie 2), mais c&rsquo;est \u00e9galement un effet de la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions. En effet, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit entre les hommes, leurs in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9siduelles leur devient de plus en plus insupportable et leur envie de tout ce qui est meilleur qu&rsquo;eux s&rsquo;accroit. On hait d&rsquo;autant plus l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que celle-ci se rar\u00e9fie et devient mesurable. Plus qu&rsquo;un choix, la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions appara\u00eet chez Tocqueville comme un fait quasi-providentiel. Lorsqu&rsquo;on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands \u00e9v\u00e9nements qui depuis sept cents ans n&rsquo;aient tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les croisades et les guerres des Anglais d\u00e9ciment les nobles et divisent leurs terres ; l&rsquo;institution des communes introduit la libert\u00e9 d\u00e9mocratique au sein de la monarchie f\u00e9odale ; la d\u00e9couverte des armes \u00e0 feu \u00e9galise le vilain et le noble sur le champ de bataille ; l&rsquo;imprimerie offre d&rsquo;\u00e9gales ressources \u00e0 leur intelligence ; la poste vient d\u00e9poser la lumi\u00e8re sur le seuil de la cabane du pauvre comme \u00e0 la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont \u00e9galement en \u00e9tat de trouver le chemin du ciel [&#8230;]. D\u00e8s que les citoyens commenc\u00e8rent \u00e0 poss\u00e9der la terre autrement que suivant la tenure f\u00e9odale, et que la richesse mobili\u00e8re, \u00e9tant connue,\u00a0 put \u00e0 son tour cr\u00e9er l&rsquo;influence et donner le pouvoir, on ne fit point de d\u00e9couvertes dans les arts, on n&rsquo;introduisit plus de perfectionnements dans le commerce et dans l&rsquo;industrie, sans cr\u00e9er comme autant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. A partir de ce moment, tous les proc\u00e9d\u00e9s qui se d\u00e9couvrent, tous les besoins qui viennent \u00e0 na\u00eetre, tous les d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 se satisfaire, sont des progr\u00e8s vers le nivellement universel.\u00a0 Le go\u00fbt du luxe, l&rsquo;amour de la guerre, l&#8217;empire de la mode, les passions les plus superficielles du coeur humain comme les plus profondes, semblent travailler de concert \u00e0 appauvrir les riches et \u00e0 enrichir les pauvres. Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la d\u00e9mocratie ; tous les hommes l&rsquo;ont aid\u00e9e de leurs efforts ; ceux qui avaient en vue de concourir \u00e0 ses succ\u00e8s et ceux qui ne songeaient point \u00e0 la servir ; ceux qui ont combattu pour elle, et ceux-m\u00eames qui se sont d\u00e9clar\u00e9s ses ennemis ; tous ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans la m\u00eame voie, et tous ont travaill\u00e9 en commun, les uns malgr\u00e9 eux, les autres \u00e0 leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu. Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caract\u00e8res : il est universel, il est durable, il \u00e9chappe chaque jour \u00e0 la puissance humaine; tous les \u00e9v\u00e9nements, comme tous les hommes, servent \u00e0 son d\u00e9veloppement. Serait-il sage de croire qu&rsquo;un mouvement social qui vient de si loin pourra \u00eatre suspendu par les efforts d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ? Pense-t-on qu&rsquo;apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la d\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S&rsquo;arr\u00eatera-t-elle maintenant qu&rsquo;elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles? O\u00f9 allons nous donc? Nul ne saurait le dire [&#8230;]. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Introduction. Lorsqu&rsquo;on lit ce passage, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser par exemple aux smartphones ou \u00e0 Netflix, que chacun ou presque d&rsquo;entre nous utilise, quelle que soit sa condition ou son milieu. On ne peut nier que la d\u00e9mocratie et les progr\u00e8s techniques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e ont...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-08-26T11:04:52+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-10-06T12:01:43+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"529\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"428\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"cl\u00e9ment\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"cl\u00e9ment\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"35 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\",\"name\":\"Tocqueville 1\/4 : L'\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png\",\"datePublished\":\"2024-08-26T11:04:52+00:00\",\"dateModified\":\"2024-10-06T12:01:43+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png\",\"width\":529,\"height\":428},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Tocqueville 1\/4 : L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/\",\"name\":\"\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c\",\"name\":\"cl\u00e9ment\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g\",\"caption\":\"cl\u00e9ment\"},\"sameAs\":[\"https:\/\/www.bibelios.com\"],\"url\":\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/author\/clucch1995\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Tocqueville 1\/4 : L'\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Tocqueville 1\/4 : L'\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -","og_description":"&nbsp; Dans cette premi\u00e8re partie, nous nous int\u00e9ressons au rapport entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 en politique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en d\u00e9mocratie. Nous verrons que ces deux id\u00e9aux sont antinomiques dans la pratique, et que les hommes d\u00e9mocratiques ont choisi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9. Ce choix doit les conduire \u00e0 d\u00e9truire toute forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre eux, pour se soumettre \u00e0 trois formes d&rsquo;autorit\u00e9 que nous examinerons \u00e0 la fin de cet article. En fait, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en politique pourrait se r\u00e9sumer dans les deux lignes suivantes de Tocqueville: Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n&rsquo;en donner \u00e0 personne. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 la finesse de la limite entre \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique et despotisme. Tocqueville ajoute: D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, quand les citoyens sont tous \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gaux, il leur devient difficile de d\u00e9fendre leur ind\u00e9pendance contre les agressions du pouvoir. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tant alors assez fort pour lutter seul avec avantage, il n&rsquo;y a que la combinaison des forces de tous qui puisse garantir la libert\u00e9. Or, une pareille combinaison ne se rencontre pas toujours. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui se dessine ici au d\u00e9but de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville, et ce qui r\u00e9appara\u00eet tout au long des deux tomes, est l&rsquo;id\u00e9e suivante: la fin de l&rsquo;aristocratie signe la dissolution des corps interm\u00e9diaires qui formaient un contre-pouvoir \u00e0 la puissance politique. Le gouvernement, dont le peuple ne peut souffrir l&rsquo;absence, se retrouve seul et plus puissant devant une masse de citoyens, certes d\u00e9sormais \u00e9gaux, mais \u00e9galement plus faibles. La suppression des privil\u00e8ges conduit \u00e0 la concentration des pouvoirs dans les mains de l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte, c&rsquo;est la disparition de la libert\u00e9 La libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont fondamentalement antinomiques. Pour une simple affaire de logique : si les hommes sont tous \u00e9gaux, il ne peuvent pas \u00eatre libres. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est une contrainte. Si \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9cidait que tout le monde devait s&rsquo;habiller en bleu avec des chaussures rouges, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les autres, mais vous ne seriez certainement pas libre. Si on vous disait que tous les citoyens de votre pays devaient travailler dans la m\u00eame entreprise, avoir le m\u00eame salaire et faire la m\u00eame chose, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9, mais toujours pas libre. Dans ces diff\u00e9rents exemples, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est impos\u00e9e par un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui d\u00e9tient le pouvoir, parce que de telles contraintes ne pourraient \u00eatre respect\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 libre. Toute \u00e9galit\u00e9 entre les hommes conduit \u00e0 les \u00ab\u00a0uniformiser\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 supprimer une part de leur libert\u00e9. Revenons donc un instant \u00e0 ce que nous devons comprendre par \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie. Il semble que cette id\u00e9e doit \u00eatre plus \u00e9labor\u00e9e qu&rsquo;une absence totale de diff\u00e9rences entre les individus. Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, Article Ier. Dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb Les deux derniers mots de cette phrase sont fondamentaux.\u00a0Ce que l&rsquo;on entend par \u00e9galit\u00e9, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte entre les hommes, c&rsquo;est plut\u00f4t le fait d&rsquo;avoir des droits \u00e9gaux.\u00a0Il n&rsquo;est nulle part \u00e9crit que les hommes doivent \u00eatre identiques, car l\u00e0 serait la dictature. Il n&rsquo;est pas non plus dit que les hommes ne doivent pas \u00eatre in\u00e9gaux, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Au contraire, la deuxi\u00e8me phrase de cet article Ier, qui est d&rsquo;ailleurs souvent oubli\u00e9e, \u00e9nonce : \u00ab\u00a0Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb. Autant dire que cette phrase laisse un boulevard \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, puisque le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb est extr\u00eamement vague.\u00a0 Rappelez-vous donc bien de la formulation exacte de cet Article Ier. Vous entendrez souvent des personnes l&rsquo;invoquer \u00e0 tort au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, alors qu&rsquo;il promeut au contraire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, et autorise m\u00eame l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. Et cette \u00e9galit\u00e9 en droits \u00e9nonc\u00e9e dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen est-elle finalement autre chose que la libert\u00e9 (d&rsquo;exercer ces droits)? Le glissement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits (i.e la libert\u00e9) telle que formul\u00e9e dans la DDHC de 1789 vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pure et dure des citoyens \u00e9voqu\u00e9e plus haut est assez dangereuse. Comme nous l&rsquo;avons vu, ces deux \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont en fait totalement antinomiques, puisque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits est une condition de la libert\u00e9, tandis que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de fait est une contrainte \u00e0 la libert\u00e9. Avant de continuer, faisons un petit d\u00e9tour sp\u00e9culatif. Pourrait-on r\u00eaver d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de fait (et non de droits) disparaissent totalement? Cela n&rsquo;impliquerait pas forc\u00e9ment que tous les hommes soient identiques car, a priori, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas la diff\u00e9rence. On pourrait donc imaginer une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes diff\u00e9rents, mais \u00e9gaux. Une telle soci\u00e9t\u00e9 pourrait-elle r\u00e9ellement exister et se maintenir? C&rsquo;est fort peu probable. En effet, on n&rsquo;a pas \u00e0 regarder bien loin pour s&rsquo;apercevoir que les diff\u00e9rences naturelles entre les hommes engendrent des in\u00e9galit\u00e9s\u00a0naturelles entre eux : l&rsquo;intelligence, la d\u00e9termination, la beaut\u00e9, le charisme&#8230; sont autant de qualit\u00e9s qui font la r\u00e9ussite des hommes ou leur \u00e9chec dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on leur donne la libert\u00e9 d&rsquo;exprimer ces qualit\u00e9s. Le renversement de la monarchie et de l&rsquo;aristocratie voit certes dispara\u00eetre l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, mais laisse place \u00e0 une forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 tout aussi arbitraire, dans laquelle les hommes libres (car \u00e9gaux en droits) se distinguent naturellement par leurs talents respectifs. En supposant que cela soit vraiment souhaitable, la seule mani\u00e8re de gommer cette in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes serait de supprimer leur libert\u00e9. Ce serait, par exemple, d&#8217;emp\u00eacher la personne intelligente et d\u00e9termin\u00e9e de r\u00e9ussir mieux que les autres dans telle entreprise. On ne parle m\u00eame pas ici d&rsquo;argent, seulement de r\u00e9ussite. Ce serait aussi emp\u00eacher tel brillant orateur de devenir un avocat renomm\u00e9. Ou telle personne resplendissante de beaut\u00e9 et de charisme d&rsquo;\u00eatre une star hollywoodienne. Dit autrement, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes suppose la disparition de leur libert\u00e9. En effet, l&rsquo;exercice libre de leurs diff\u00e9rences naturelles m\u00e8ne \u00e0 leur in\u00e9galit\u00e9.\u00a0 Les hommes d\u00e9mocratiques pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 La libert\u00e9 (avoir les m\u00eames droits) et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (\u00eatre comme tous les autres) sont donc deux id\u00e9es fondamentalement antinomiques. Les hommes ont-ils une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces deux id\u00e9aux: leur libert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ou la suppression de leurs in\u00e9galit\u00e9s de l&rsquo;autre? Une position raisonnable serait sans doute de penser qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 juste \u00e9tablirait un certain \u00e9quilibre entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;est pas le far west avec sa loi du plus fort, mais qui n&rsquo;est pas non plus totalitaire, en niant aux individus le droit d&rsquo;exercer leur talent de mani\u00e8re libre (soit une soci\u00e9t\u00e9 qui conserve quelques in\u00e9galit\u00e9s). Mais Tocqueville, en fin sociologue, balaie d&rsquo;un revers de main cette hypoth\u00e8se: entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9, les hommes ont d\u00e9j\u00e0 fait leur choix, et celui-ci est sans appel. Il y a en effet une passion m\u00e2le et l\u00e9gitime pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui excite les hommes \u00e0 vouloir \u00eatre tous forts et estim\u00e9s. Cette passion tend \u00e0 \u00e9lever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un go\u00fbt d\u00e9prav\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, qui porte les faibles \u00e0 vouloir attirer les forts \u00e0 leur niveau, et qui r\u00e9duit les hommes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la servitude \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que les peuples dont l&rsquo;\u00e9tat social est d\u00e9mocratique m\u00e9prisent naturellement la libert\u00e9; ils ont au contraire un go\u00fbt instinctif pour elle. Mais la libert\u00e9 n&rsquo;est pas l&rsquo;objet principal et continu de leur d\u00e9sir ; ce qu&rsquo;ils aiment d&rsquo;un amour \u00e9ternel, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9; ils s&rsquo;\u00e9lancent vers la libert\u00e9 par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s&rsquo;ils manquent le but, ils se r\u00e9signent ; mais rien ne saurait les satisfaire sans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et ils consentiraient plut\u00f4t \u00e0 p\u00e9rir qu&rsquo;\u00e0 la perdre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t cette aversion pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 a un nom tr\u00e8s simple: c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;envie ou le ressentiment. L&rsquo;envie est une tendance dominante des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques pour Tocqueville. Celle-ci est une cons\u00e9quence de l&rsquo;individualisme (que nous analyserons plus en d\u00e9tail dans la\u00a0partie 2), mais c&rsquo;est \u00e9galement un effet de la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions. En effet, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit entre les hommes, leurs in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9siduelles leur devient de plus en plus insupportable et leur envie de tout ce qui est meilleur qu&rsquo;eux s&rsquo;accroit. On hait d&rsquo;autant plus l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que celle-ci se rar\u00e9fie et devient mesurable. Plus qu&rsquo;un choix, la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions appara\u00eet chez Tocqueville comme un fait quasi-providentiel. Lorsqu&rsquo;on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands \u00e9v\u00e9nements qui depuis sept cents ans n&rsquo;aient tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les croisades et les guerres des Anglais d\u00e9ciment les nobles et divisent leurs terres ; l&rsquo;institution des communes introduit la libert\u00e9 d\u00e9mocratique au sein de la monarchie f\u00e9odale ; la d\u00e9couverte des armes \u00e0 feu \u00e9galise le vilain et le noble sur le champ de bataille ; l&rsquo;imprimerie offre d&rsquo;\u00e9gales ressources \u00e0 leur intelligence ; la poste vient d\u00e9poser la lumi\u00e8re sur le seuil de la cabane du pauvre comme \u00e0 la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont \u00e9galement en \u00e9tat de trouver le chemin du ciel [&#8230;]. D\u00e8s que les citoyens commenc\u00e8rent \u00e0 poss\u00e9der la terre autrement que suivant la tenure f\u00e9odale, et que la richesse mobili\u00e8re, \u00e9tant connue,\u00a0 put \u00e0 son tour cr\u00e9er l&rsquo;influence et donner le pouvoir, on ne fit point de d\u00e9couvertes dans les arts, on n&rsquo;introduisit plus de perfectionnements dans le commerce et dans l&rsquo;industrie, sans cr\u00e9er comme autant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. A partir de ce moment, tous les proc\u00e9d\u00e9s qui se d\u00e9couvrent, tous les besoins qui viennent \u00e0 na\u00eetre, tous les d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 se satisfaire, sont des progr\u00e8s vers le nivellement universel.\u00a0 Le go\u00fbt du luxe, l&rsquo;amour de la guerre, l&#8217;empire de la mode, les passions les plus superficielles du coeur humain comme les plus profondes, semblent travailler de concert \u00e0 appauvrir les riches et \u00e0 enrichir les pauvres. Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la d\u00e9mocratie ; tous les hommes l&rsquo;ont aid\u00e9e de leurs efforts ; ceux qui avaient en vue de concourir \u00e0 ses succ\u00e8s et ceux qui ne songeaient point \u00e0 la servir ; ceux qui ont combattu pour elle, et ceux-m\u00eames qui se sont d\u00e9clar\u00e9s ses ennemis ; tous ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans la m\u00eame voie, et tous ont travaill\u00e9 en commun, les uns malgr\u00e9 eux, les autres \u00e0 leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu. Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caract\u00e8res : il est universel, il est durable, il \u00e9chappe chaque jour \u00e0 la puissance humaine; tous les \u00e9v\u00e9nements, comme tous les hommes, servent \u00e0 son d\u00e9veloppement. Serait-il sage de croire qu&rsquo;un mouvement social qui vient de si loin pourra \u00eatre suspendu par les efforts d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ? Pense-t-on qu&rsquo;apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la d\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S&rsquo;arr\u00eatera-t-elle maintenant qu&rsquo;elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles? O\u00f9 allons nous donc? Nul ne saurait le dire [&#8230;]. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Introduction. Lorsqu&rsquo;on lit ce passage, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser par exemple aux smartphones ou \u00e0 Netflix, que chacun ou presque d&rsquo;entre nous utilise, quelle que soit sa condition ou son milieu. On ne peut nier que la d\u00e9mocratie et les progr\u00e8s techniques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e ont...","og_url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/","article_published_time":"2024-08-26T11:04:52+00:00","article_modified_time":"2024-10-06T12:01:43+00:00","og_image":[{"width":529,"height":428,"url":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png","type":"image\/png"}],"author":"cl\u00e9ment","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"cl\u00e9ment","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"35 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/","name":"Tocqueville 1\/4 : L'\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png","datePublished":"2024-08-26T11:04:52+00:00","dateModified":"2024-10-06T12:01:43+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png","contentUrl":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png","width":529,"height":428},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.bibelios.com\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Tocqueville 1\/4 : L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#website","url":"https:\/\/www.bibelios.com\/","name":"","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.bibelios.com\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/cf286d71b10f710a541b3da4f7f9a89c","name":"cl\u00e9ment","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.bibelios.com\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cff65671561c23fe725d22cbb126961d98952e34bfbea0d2ecae7a285c15a804?s=96&d=identicon&r=g","caption":"cl\u00e9ment"},"sameAs":["https:\/\/www.bibelios.com"],"url":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/author\/clucch1995\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130"}],"version-history":[{"count":350,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1776,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130\/revisions\/1776"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1454"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}