{"version":"1.0","provider_name":"","provider_url":"https:\/\/www.bibelios.com","title":"Tocqueville 1\/4 : L'\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude -","type":"rich","width":600,"height":338,"html":"<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"Z512i2TDJr\"><a href=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/\">Tocqueville 1\/4 : L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude<\/a><\/blockquote><iframe sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" src=\"https:\/\/www.bibelios.com\/index.php\/2024\/08\/26\/tocqueville-1-4-legalite-entre-liberte-et-servitude\/embed\/#?secret=Z512i2TDJr\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0Tocqueville 1\/4 : L&rsquo;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 mi-chemin entre libert\u00e9 et servitude\u00a0\u00bb &#8212; \" data-secret=\"Z512i2TDJr\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\" class=\"wp-embedded-content\"><\/iframe><script type=\"text\/javascript\">\n\/* <![CDATA[ *\/\n\/*! This file is auto-generated *\/\n!function(d,l){\"use strict\";l.querySelector&&d.addEventListener&&\"undefined\"!=typeof URL&&(d.wp=d.wp||{},d.wp.receiveEmbedMessage||(d.wp.receiveEmbedMessage=function(e){var t=e.data;if((t||t.secret||t.message||t.value)&&!\/[^a-zA-Z0-9]\/.test(t.secret)){for(var s,r,n,a=l.querySelectorAll('iframe[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),o=l.querySelectorAll('blockquote[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),c=new RegExp(\"^https?:$\",\"i\"),i=0;i<o.length;i++)o[i].style.display=\"none\";for(i=0;i<a.length;i++)s=a[i],e.source===s.contentWindow&&(s.removeAttribute(\"style\"),\"height\"===t.message?(1e3<(r=parseInt(t.value,10))?r=1e3:~~r<200&&(r=200),s.height=r):\"link\"===t.message&&(r=new URL(s.getAttribute(\"src\")),n=new URL(t.value),c.test(n.protocol))&&n.host===r.host&&l.activeElement===s&&(d.top.location.href=t.value))}},d.addEventListener(\"message\",d.wp.receiveEmbedMessage,!1),l.addEventListener(\"DOMContentLoaded\",function(){for(var e,t,s=l.querySelectorAll(\"iframe.wp-embedded-content\"),r=0;r<s.length;r++)(t=(e=s[r]).getAttribute(\"data-secret\"))||(t=Math.random().toString(36).substring(2,12),e.src+=\"#?secret=\"+t,e.setAttribute(\"data-secret\",t)),e.contentWindow.postMessage({message:\"ready\",secret:t},\"*\")},!1)))}(window,document);\n\/\/# sourceURL=https:\/\/www.bibelios.com\/wp-includes\/js\/wp-embed.min.js\n\/* ]]> *\/\n<\/script>\n","thumbnail_url":"https:\/\/www.bibelios.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/tocqueville-e\u0301galite\u0301.png","thumbnail_width":529,"thumbnail_height":428,"description":"&nbsp; Dans cette premi\u00e8re partie, nous nous int\u00e9ressons au rapport entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9 en politique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en d\u00e9mocratie. Nous verrons que ces deux id\u00e9aux sont antinomiques dans la pratique, et que les hommes d\u00e9mocratiques ont choisi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9. Ce choix doit les conduire \u00e0 d\u00e9truire toute forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre eux, pour se soumettre \u00e0 trois formes d&rsquo;autorit\u00e9 que nous examinerons \u00e0 la fin de cet article. En fait, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en politique pourrait se r\u00e9sumer dans les deux lignes suivantes de Tocqueville: Je ne sais que deux mani\u00e8res de faire r\u00e9gner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans le monde politique : il faut donner des droits \u00e0 chaque citoyen, ou n&rsquo;en donner \u00e0 personne. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui refl\u00e8te d\u00e9j\u00e0 la finesse de la limite entre \u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique et despotisme. Tocqueville ajoute: D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, quand les citoyens sont tous \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gaux, il leur devient difficile de d\u00e9fendre leur ind\u00e9pendance contre les agressions du pouvoir. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tant alors assez fort pour lutter seul avec avantage, il n&rsquo;y a que la combinaison des forces de tous qui puisse garantir la libert\u00e9. Or, une pareille combinaison ne se rencontre pas toujours. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce qui se dessine ici au d\u00e9but de l&rsquo;oeuvre de Tocqueville, et ce qui r\u00e9appara\u00eet tout au long des deux tomes, est l&rsquo;id\u00e9e suivante: la fin de l&rsquo;aristocratie signe la dissolution des corps interm\u00e9diaires qui formaient un contre-pouvoir \u00e0 la puissance politique. Le gouvernement, dont le peuple ne peut souffrir l&rsquo;absence, se retrouve seul et plus puissant devant une masse de citoyens, certes d\u00e9sormais \u00e9gaux, mais \u00e9galement plus faibles. La suppression des privil\u00e8ges conduit \u00e0 la concentration des pouvoirs dans les mains de l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte, c&rsquo;est la disparition de la libert\u00e9 La libert\u00e9 et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont fondamentalement antinomiques. Pour une simple affaire de logique : si les hommes sont tous \u00e9gaux, il ne peuvent pas \u00eatre libres. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est une contrainte. Si \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on d\u00e9cidait que tout le monde devait s&rsquo;habiller en bleu avec des chaussures rouges, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les autres, mais vous ne seriez certainement pas libre. Si on vous disait que tous les citoyens de votre pays devaient travailler dans la m\u00eame entreprise, avoir le m\u00eame salaire et faire la m\u00eame chose, vous seriez \u00e0 \u00e9galit\u00e9, mais toujours pas libre. Dans ces diff\u00e9rents exemples, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est impos\u00e9e par un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui d\u00e9tient le pouvoir, parce que de telles contraintes ne pourraient \u00eatre respect\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 libre. Toute \u00e9galit\u00e9 entre les hommes conduit \u00e0 les \u00ab\u00a0uniformiser\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 supprimer une part de leur libert\u00e9. Revenons donc un instant \u00e0 ce que nous devons comprendre par \u00ab\u00a0\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie. Il semble que cette id\u00e9e doit \u00eatre plus \u00e9labor\u00e9e qu&rsquo;une absence totale de diff\u00e9rences entre les individus. Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, Article Ier. Dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen de 1789, il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0Les hommes naissent et demeurent libres et \u00e9gaux en droits.\u00a0\u00bb Les deux derniers mots de cette phrase sont fondamentaux.\u00a0Ce que l&rsquo;on entend par \u00e9galit\u00e9, ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 stricte entre les hommes, c&rsquo;est plut\u00f4t le fait d&rsquo;avoir des droits \u00e9gaux.\u00a0Il n&rsquo;est nulle part \u00e9crit que les hommes doivent \u00eatre identiques, car l\u00e0 serait la dictature. Il n&rsquo;est pas non plus dit que les hommes ne doivent pas \u00eatre in\u00e9gaux, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Au contraire, la deuxi\u00e8me phrase de cet article Ier, qui est d&rsquo;ailleurs souvent oubli\u00e9e, \u00e9nonce : \u00ab\u00a0Les distinctions sociales ne peuvent \u00eatre fond\u00e9es que sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb. Autant dire que cette phrase laisse un boulevard \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, puisque le concept d&rsquo; \u00ab\u00a0utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb est extr\u00eamement vague.\u00a0 Rappelez-vous donc bien de la formulation exacte de cet Article Ier. Vous entendrez souvent des personnes l&rsquo;invoquer \u00e0 tort au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, alors qu&rsquo;il promeut au contraire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, et autorise m\u00eame l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 commune. Et cette \u00e9galit\u00e9 en droits \u00e9nonc\u00e9e dans la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme et du Citoyen est-elle finalement autre chose que la libert\u00e9 (d&rsquo;exercer ces droits)? Le glissement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits (i.e la libert\u00e9) telle que formul\u00e9e dans la DDHC de 1789 vers l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pure et dure des citoyens \u00e9voqu\u00e9e plus haut est assez dangereuse. Comme nous l&rsquo;avons vu, ces deux \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sont en fait totalement antinomiques, puisque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en droits est une condition de la libert\u00e9, tandis que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de fait est une contrainte \u00e0 la libert\u00e9. Avant de continuer, faisons un petit d\u00e9tour sp\u00e9culatif. Pourrait-on r\u00eaver d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de fait (et non de droits) disparaissent totalement? Cela n&rsquo;impliquerait pas forc\u00e9ment que tous les hommes soient identiques car, a priori, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;est pas la diff\u00e9rence. On pourrait donc imaginer une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes diff\u00e9rents, mais \u00e9gaux. Une telle soci\u00e9t\u00e9 pourrait-elle r\u00e9ellement exister et se maintenir? C&rsquo;est fort peu probable. En effet, on n&rsquo;a pas \u00e0 regarder bien loin pour s&rsquo;apercevoir que les diff\u00e9rences naturelles entre les hommes engendrent des in\u00e9galit\u00e9s\u00a0naturelles entre eux : l&rsquo;intelligence, la d\u00e9termination, la beaut\u00e9, le charisme&#8230; sont autant de qualit\u00e9s qui font la r\u00e9ussite des hommes ou leur \u00e9chec dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on leur donne la libert\u00e9 d&rsquo;exprimer ces qualit\u00e9s. Le renversement de la monarchie et de l&rsquo;aristocratie voit certes dispara\u00eetre l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 h\u00e9r\u00e9ditaire, mais laisse place \u00e0 une forme d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 tout aussi arbitraire, dans laquelle les hommes libres (car \u00e9gaux en droits) se distinguent naturellement par leurs talents respectifs. En supposant que cela soit vraiment souhaitable, la seule mani\u00e8re de gommer cette in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes serait de supprimer leur libert\u00e9. Ce serait, par exemple, d&#8217;emp\u00eacher la personne intelligente et d\u00e9termin\u00e9e de r\u00e9ussir mieux que les autres dans telle entreprise. On ne parle m\u00eame pas ici d&rsquo;argent, seulement de r\u00e9ussite. Ce serait aussi emp\u00eacher tel brillant orateur de devenir un avocat renomm\u00e9. Ou telle personne resplendissante de beaut\u00e9 et de charisme d&rsquo;\u00eatre une star hollywoodienne. Dit autrement, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes suppose la disparition de leur libert\u00e9. En effet, l&rsquo;exercice libre de leurs diff\u00e9rences naturelles m\u00e8ne \u00e0 leur in\u00e9galit\u00e9.\u00a0 Les hommes d\u00e9mocratiques pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 La libert\u00e9 (avoir les m\u00eames droits) et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 (\u00eatre comme tous les autres) sont donc deux id\u00e9es fondamentalement antinomiques. Les hommes ont-ils une pr\u00e9f\u00e9rence entre ces deux id\u00e9aux: leur libert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ou la suppression de leurs in\u00e9galit\u00e9s de l&rsquo;autre? Une position raisonnable serait sans doute de penser qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 juste \u00e9tablirait un certain \u00e9quilibre entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;est pas le far west avec sa loi du plus fort, mais qui n&rsquo;est pas non plus totalitaire, en niant aux individus le droit d&rsquo;exercer leur talent de mani\u00e8re libre (soit une soci\u00e9t\u00e9 qui conserve quelques in\u00e9galit\u00e9s). Mais Tocqueville, en fin sociologue, balaie d&rsquo;un revers de main cette hypoth\u00e8se: entre \u00e9galit\u00e9 et libert\u00e9, les hommes ont d\u00e9j\u00e0 fait leur choix, et celui-ci est sans appel. Il y a en effet une passion m\u00e2le et l\u00e9gitime pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 qui excite les hommes \u00e0 vouloir \u00eatre tous forts et estim\u00e9s. Cette passion tend \u00e0 \u00e9lever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un go\u00fbt d\u00e9prav\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, qui porte les faibles \u00e0 vouloir attirer les forts \u00e0 leur niveau, et qui r\u00e9duit les hommes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la servitude \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans la libert\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que les peuples dont l&rsquo;\u00e9tat social est d\u00e9mocratique m\u00e9prisent naturellement la libert\u00e9; ils ont au contraire un go\u00fbt instinctif pour elle. Mais la libert\u00e9 n&rsquo;est pas l&rsquo;objet principal et continu de leur d\u00e9sir ; ce qu&rsquo;ils aiment d&rsquo;un amour \u00e9ternel, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9; ils s&rsquo;\u00e9lancent vers la libert\u00e9 par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s&rsquo;ils manquent le but, ils se r\u00e9signent ; mais rien ne saurait les satisfaire sans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et ils consentiraient plut\u00f4t \u00e0 p\u00e9rir qu&rsquo;\u00e0 la perdre. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, Tocqueville, Tome I, Partie I, Chapitre 3: Etat social des Anglo-Am\u00e9ricains. Ce d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ou plut\u00f4t cette aversion pour l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 a un nom tr\u00e8s simple: c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;envie ou le ressentiment. L&rsquo;envie est une tendance dominante des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques pour Tocqueville. Celle-ci est une cons\u00e9quence de l&rsquo;individualisme (que nous analyserons plus en d\u00e9tail dans la\u00a0partie 2), mais c&rsquo;est \u00e9galement un effet de la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions. En effet, \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit entre les hommes, leurs in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9siduelles leur devient de plus en plus insupportable et leur envie de tout ce qui est meilleur qu&rsquo;eux s&rsquo;accroit. On hait d&rsquo;autant plus l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que celle-ci se rar\u00e9fie et devient mesurable. Plus qu&rsquo;un choix, la progression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions appara\u00eet chez Tocqueville comme un fait quasi-providentiel. Lorsqu&rsquo;on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands \u00e9v\u00e9nements qui depuis sept cents ans n&rsquo;aient tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les croisades et les guerres des Anglais d\u00e9ciment les nobles et divisent leurs terres ; l&rsquo;institution des communes introduit la libert\u00e9 d\u00e9mocratique au sein de la monarchie f\u00e9odale ; la d\u00e9couverte des armes \u00e0 feu \u00e9galise le vilain et le noble sur le champ de bataille ; l&rsquo;imprimerie offre d&rsquo;\u00e9gales ressources \u00e0 leur intelligence ; la poste vient d\u00e9poser la lumi\u00e8re sur le seuil de la cabane du pauvre comme \u00e0 la porte des palais ; le protestantisme soutient que tous les hommes sont \u00e9galement en \u00e9tat de trouver le chemin du ciel [&#8230;]. D\u00e8s que les citoyens commenc\u00e8rent \u00e0 poss\u00e9der la terre autrement que suivant la tenure f\u00e9odale, et que la richesse mobili\u00e8re, \u00e9tant connue,\u00a0 put \u00e0 son tour cr\u00e9er l&rsquo;influence et donner le pouvoir, on ne fit point de d\u00e9couvertes dans les arts, on n&rsquo;introduisit plus de perfectionnements dans le commerce et dans l&rsquo;industrie, sans cr\u00e9er comme autant de nouveaux \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes. A partir de ce moment, tous les proc\u00e9d\u00e9s qui se d\u00e9couvrent, tous les besoins qui viennent \u00e0 na\u00eetre, tous les d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 se satisfaire, sont des progr\u00e8s vers le nivellement universel.\u00a0 Le go\u00fbt du luxe, l&rsquo;amour de la guerre, l&#8217;empire de la mode, les passions les plus superficielles du coeur humain comme les plus profondes, semblent travailler de concert \u00e0 appauvrir les riches et \u00e0 enrichir les pauvres. Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la d\u00e9mocratie ; tous les hommes l&rsquo;ont aid\u00e9e de leurs efforts ; ceux qui avaient en vue de concourir \u00e0 ses succ\u00e8s et ceux qui ne songeaient point \u00e0 la servir ; ceux qui ont combattu pour elle, et ceux-m\u00eames qui se sont d\u00e9clar\u00e9s ses ennemis ; tous ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s p\u00eale-m\u00eale dans la m\u00eame voie, et tous ont travaill\u00e9 en commun, les uns malgr\u00e9 eux, les autres \u00e0 leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu. Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caract\u00e8res : il est universel, il est durable, il \u00e9chappe chaque jour \u00e0 la puissance humaine; tous les \u00e9v\u00e9nements, comme tous les hommes, servent \u00e0 son d\u00e9veloppement. Serait-il sage de croire qu&rsquo;un mouvement social qui vient de si loin pourra \u00eatre suspendu par les efforts d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ? Pense-t-on qu&rsquo;apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la f\u00e9odalit\u00e9 et vaincu les rois, la d\u00e9mocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S&rsquo;arr\u00eatera-t-elle maintenant qu&rsquo;elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles? O\u00f9 allons nous donc? Nul ne saurait le dire [&#8230;]. De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique,\u00a0Tocqueville, Tome I, Introduction. Lorsqu&rsquo;on lit ce passage, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser par exemple aux smartphones ou \u00e0 Netflix, que chacun ou presque d&rsquo;entre nous utilise, quelle que soit sa condition ou son milieu. On ne peut nier que la d\u00e9mocratie et les progr\u00e8s techniques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e ont..."}